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"Et d'un seul bras, la sœur balaie sa maison", de Cherie Jones aux éditions Calmann Lévy



A la Barbade, une nuit, un cambriolage dérape dans une des villas luxueuses qui longent la plage. Lala et Mira, deux femmes qui ne se connaissent pas et que tout oppose socialement vont voir leur vie basculer et se retrouver liées par un même homme, Adan.

Adan est l’assassin du mari de Mira. Adan est le mari violent de Lala.


A partir de ce meurtre, on découvre l’autre côté du cadre idyllique des plages caribéennes, la pauvreté que connaisse les habitants de l’île, le commerce du corps et de la drogue comme seuls issus pour survivre. L’histoire met de côté le décor paradisiaque, la plage de sable fin et les hôtels de luxe pour raconter avec beaucoup de vérité et d’émotions la réalité de La Barbade, pour montrer la violence et la noirceur de l’île.


Le récit alterne sur le présent et les retours dans le passé pour comprendre la vie de Mira et Lala, deux femmes de La Barbade qui tentent de s’échapper de la pauvreté. Mira a épousé un riche anglais. Lala a fui une grand-mère stricte et un passé flou, pour se marier avec Adan et vit grâce aux cheveux des touristes qu’elle tresse et orne de perles.


Ce roman noir met en avant le parcours de femmes blessées, de femmes qui portent en elles le poids des histoires familiales, de femmes qui subissent des violences conjugales et montre la difficulté pour ces femmes de quitter un mari violent, de l’emprise et de l’élément déclencheur qui leur insuffle de fuir le danger et de se sauver.


C’est un roman choral qui donne la parole aux différents personnages du récit permettant une alternance des points de vue. On est emporté par l’enquête et l’intrigue tout en suivant l’histoire de ces deux femmes.


Le rythme de l’écriture est intense. L’auteure a une magnifique plume et nous embarque dans un récit où les thèmes abordés ne sont pas légers mais font réfléchir. Les mots sont puissants. L’histoire est poignante et intense.


De sa plume vive et acérée, l’auteure dessine de magnifiques portraits de femmes.


Se plonger dans la lecture de ce livre qui a été finaliste au « Women’s Prize » marque et fait réfléchir, notamment sur l’emprise des femmes victimes de violence conjugale.


C’est un puissant et beau premier roman qui coupe le souffle !


Les passages du livre qui m’ont touché :


« C’est un de ces matins où l’eau a la gueule de bois après une nuit d’insouciance et a vomi sur le sable avant de tenter de cuver. Les touristes trouvent que marcher le long du rivage relève moins de la balade sur l’étendue de poudre rose représentée sur les magazines que d’un parcours du combattant où il faut éviter les méduses cachées sous les algues, les épines des oursins enlisés dans le sable, les morceaux de bouteilles en verre qui ne sont pas restées assez dans la mer pour être lissés et émoussés par le soleil et le sel, transformés ainsi en objets dignes d’une chasse au trésor. »


« Elle laisse Lala dans la pièce froide et silencieuse, allongées sur le dos avec les jambes encore écartées, sans aucune sensation à l’intersection des cuisses, et ça n’a rien à voir avec le bonheur sur les posters de la clinique, ou dans les pubs à la télé ou sur le visage des touristes fortunées qui se promènent avec leurs nouveau-nés à Baxter’s Beach. Elle prend au contraire conscience qu’elle vient de livrer un autre être vivant à l’obscurité, que la naissance est une blessure (…) »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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