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"Faire corps" de Charlotte Pons aux éditions Flammarion



Qu’est-ce que devenir mère ? Quand devient-on mère ? Peut-on porter un enfant sans être mère ?


Des questions sur la maternité, ce roman bouleversant en pose beaucoup. Il est aussi beaucoup question du corps, de ce corps qu’on chérit, rejette, qu’on dissocie de son esprit, qu’on admire en plein jour ou en fermant les yeux, qu’on a comme compagnon pour la vie ; de ce corps qui se transforme au fil des années, qui prend des formes quand on porte la vie, qui est notre meilleur allié.


C’est quoi faire corps ? C’est porter un autre corps que le sien. C’est ce désir d’enfant chez une femme et surtout chez un homme. C’est protéger avec son corps un enfant, son enfant.


A 40 ans, Sandra ne ressent aucun désir de devenir mère. Un deuil de l’enfance a laissé des marques. Elle aime sa vie de femme sans transmettre la vie. A l’inverse, son meilleur ami, Romain, ne ressent comme plus fort désir que celui de devenir père. Il a rythmé ses dernières années dans le parcours épique de la GPA aux Etats-Unis. Avec son compagnon, ils en ont signé des contrats, ils ont surtout essuyé beaucoup de faux espoirs.


Alors pour lui, pour leur amitié depuis plus de vingt ans, elle va accepter de porter son enfant.


Et là, c’est le top départ pour Sandra. Une aventure émotionnelle, une aventure intérieure dont elle ne sera plus jamais la même.


Neuf mois de bouleversements dans son corps et aussi dans sa tête. Neuf mois de questionnements. Neuf mois en cohabitation avec un petit corps. Neuf mois à toucher de près le désir et le bonheur d’être mère. Neuf mois à se dire et si on partait tous les deux, ensemble.


Un livre qui m’a beaucoup touché et qui parle de thèmes forts avec beaucoup de pudeur et de sincérité. Un sujet clivant et d’actualité abordé sans porter de jugement, sans prendre parti. Juste des mots qui emportent, de la délicatesse, des personnages touchants.


Des mots délicats et forts pour raconter la maternité, le mal d’enfant, le bouleversement du corps d’une femme.


Une lecture qui fait réfléchir sur la dissociation ou non du corps et de donner la vie, le droit de disposer de son corps.


Un roman magnifique.


Encore une très belle découverte aux 68 premières fois!


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Celles qui ne se posent pas de questions, celles pour qui cela va de soi, celles qui font congeler leurs ovocytes, celles qui se piquent, celles qui vont récupérer la capote dans la poubelle, celles qui attendent le bon, celles qui se font ligaturer les trompes, celles qui s’en remettent à la méthode Ogino, celles qui n’en veulent pas parce que dévorées d’une passion qui les occupe tout entière, celles qui vont à l’étranger, celles qui dealent avec un copain, celles qui s’inséminent seules, celles qui pensent que c’est une hérésie en termes d’écologie, celles qui le font dans le dos, celles qui regrettent devant l’abnégation que la maternité implique, celles qui renoncent, celles qui adoptent, celles qui avortent. »


« Je rêve beaucoup, oui, depuis toujours. »


« Le nez en l’air, on attend le crépuscule, attentifs aux bruits de la forêt, aux stridulations des cigales, à la cascade et au rythme sourd de nos cœurs dont les battements pulsent à nos oreilles noyées sous l’eau. En moi sur deux mesures. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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