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"Je vous écris dans le noir" de Jean-Luc Seigle aux éditions Flammarion



Prendre la plume pour conter à l’homme qu’on aime sa vie faite de souffrance et de silence. Trois cahiers pour raconter les trois malheurs de sa vie.


L’auteur se glisse dans la peau de Pauline Dubuisson, jeune femme jugée pour le meurtre de son amant dans les années 50 et incarnée par Brigitte Bardot dans le film de Clouzot « La vérité ».


A Essaouira, Pauline désormais appelée Andrée, a refait sa vie. Elle travaille comme médecin et a fait la rencontre de Jean avec qui elle est heureuse. Quand Jean la demande en mariage, le socle sur lequel Pauline/Andrée a reconstruit sa vie, s’effondre. Doit-elle continuer à lui mentir sur son passé et son identité ou peut-elle lui faire confiance et lui conter la vérité ?


Pauline choisit l’écrit et lui parle de son enfance, petite dernière après trois garçons, élève brillante. Petite choyée et en admiration devant son père, héros de la première guerre mondiale. Elle entre dans l’adolescence quand la seconde guerre mondiale éclate. Ses deux frères aînés sont emportés et sa mère sombre dans la dépression.


Avec ses deux ans d’avance à l’école, Pauline aurait pu être la plus jeune étudiante en école de médecine. Mais son père a d’autres projets pour elle. Il leur faut sauver sa mère et la sortir de sa léthargie. Elle veut faire médecine, très bien. Elle apprendra sur le tas. La voici, embauchée à l’hôpital de Dunkerque comme infirmière sous la responsabilité du médecin-chef allemand. Elle a à peine 16 ans et découvre les horreurs des corps revenus des champs de bataille. Et elle devient la maîtresse du médecin, ce qui lui permet de ramener de la nourriture chez elle et de sauver sa mère. A la libération, on ne lui fera pas de cadeau. Elle sera tondue, battue, torturée et violée. Et sera sauvée de la mort par son père.


Remise sur pied, elle entre enfin à la faculté de médecine. C’est une étudiante brillante et qui ne faiblit pas face à la chair et au corps. Elle tombe amoureuse. Quand son compagnon la demande en mariage, elle se sent obligée de lui raconter son passé. Il la méprise. Une dispute éclate. Elle le tue.


A nouveau, elle sera humiliée sur la place publique et condamnée à la peine de mort. Elle ne devra sa survie qu’à une jurée, une femme.


Un livre percutant qui interroge sur l’aspect manichéen du bien et du mal et qui traite de la violence envers les femmes.


La beauté et la violence se mêlent dans ces pages pour un portrait saisissant et marquant.


Une belle découverte.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Je connaissais tous les noms que contient notre corps, de la tête aux pieds. Les mots du corps sont extraordinairement poétiques, particulièrement ceux de la gorge : les muscles azygos, l’os hyoïde, les piliers pharyngiens, la trompe d’Eustache et cent autres noms antiques. Aucun d’entre nous ne pourrait vivre dans un pays sans en connaître la géographie et l’histoire ; c’est même le seul moyen pour se sentir chez soi. La plupart des gens vivent dans un corps qui leur est parfaitement étranger. »


« Je ne connais pas de livres qui vous disent de rester à votre place et de ne rien espérer ou de ne rien attendre de la vie ; ceux qui disent ça dans les romans sont toujours des personnages exécrables : les vieilles tantes que l’on trouve dans la littérature anglaise ou les suivantes des grandes héroïnes de la tragédie. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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