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"Juste à côté de moi", de Sophie Carquain aux éditions Charleston



Rescapée du Bataclan et endeuillée par la perte de sa sœur, Susie est une survivante.


Pour retrouver le souffle de la vie, Susie est devenue peintre en décors. Elle peint de magnifiques fresques chez des particuliers. En se glissant dans les décors qu’elle crée, elle s’abandonne et laisse son esprit vagabonder loin de ses cauchemars et angoisses.


Quand elle est contactée par la famille Wagner pour peindre une fresque murale dans la future chambre de leur fils, Niels, qui a disparu. Susie s’interroge : Pourquoi peindre pour un jeune homme qui n’est plus là ? Mais Niels n’a ni fugué, ni eu un accident tragique, il s’est juste retiré dans sa chambre depuis 13 mois. Il vit à côté de famille sans être là. Niels est un hikikomori.


Alors Susie va s’atteler à la réalisation de cette fresque, elle va peindre chaque détail, donner vie à la nature qu’elle pose sur les murs de cette chambre et laisser les couleurs transmettre chaleur et émotions. Pendant qu’elle peint, elle ressent la présence de Niels à ses côtés. Susie va l’apprivoiser doucement. Une communication douce et progressive va s’installer entre Susie et Niels avant que des mots ne sortent de la bouche de Niels puis des phrases pour un échange verbal normal entre deux humains.


Chacun a connu son lot de souffrance. Chacun a eu besoin de fuir pour se libérer de sa peine et de sa douleur. Ensemble, ils vont se reconstruire. Chacun va tendre la main à l’autre. Chacun va faire un pas vers l’autre.


Une jolie amitié, qui commence par des mots échangés sous une porte, va naître entre ces deux êtres malmenés par la vie. C’est grâce à l’art que Susie et Niels vont s’apprivoiser.


Un roman bouleversant qui pose des mots douloureux et nécessaires sur la violence qu’ont vécu les rescapés des attentats et les répercussions sur les familles des victimes. Des personnages dont on ressent leur force et leur fragilité.


L’histoire met en avant un mal peu connu de nos sociétés : l’hikikomori. Un mal qui a commencé par toucher le Japon dans les années 90 et qui aujourd’hui concerne toute la planète et notamment les jeunes garçons. A cause de la pression sociale et du harcèlement, ils ont décidé de vivre enfermés. Loin des autres, ils ont préféré la solitude.


Les pages décrivent la lente reconstruction des victimes et le droit de s’autoriser à toucher à nouveau au bonheur, à être heureux, à ne pas culpabiliser lorsqu’un événement chanceux arrive.


Un roman écrit avec une grande sensibilité et une maîtrise du monde de l’art.


Une plongée dans une peinture dont à travers les mots et les détails, la chaleur du soleil se ressent, l’ombre du palmier et les clapotis des vagues nous bercent.


L’art a un pouvoir réparateur. L’art pour guérir et apaiser les âmes. La réparation des maux et des blessures par toutes les formes que peut prendre l’art : peinture, écriture, scène, chant, musique, …


Une histoire qui marque même après qu’on est reposé le livre. Une merveilleuse fresque racontant la renaissance de deux rescapés de la vie.


C’est un livre tout en douceur et tendresse, un joli coup de cœur.


PS : Merci maman pour ton magnifique dessin qui a résonné avec cette histoire.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Passer un pont, traverser un fleuve, franchir une frontière, c’est quitter l’espace intime et familier où l’on est à sa place pour pénétrer dans un horizon différent, un espace étranger, inconnu, où l’on risque, confronté à ce qui est autre, de se découvrir sans lieu propre, sans identité. »


« Suis ton elfe intérieur, tous les démons s’écarteront. »


« Pour réaliser les jeunes palmes, elle mêla sur sa palette du bleu cyan et du jaune et obtint un beau vert franc. Ensuite, elle fouetta un mélange de bleu cyan et ocre pour peindre les feuilles du fond. Pour les feuilles fanes par le soleil, elle opta pour le mélange d’ocre, jaune de Naples avec une pointe de blanc. Lumineux, magnifique. »


« Tu m’as montré que toute la beauté du monde restait à découvrir. Ta théorie de la nageoire caudale…Faut que je plonge…Et je me doute bien que chaque découverte me ramènera à toi. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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