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"L'île aux arbres disparus" d'Elif Shafak aux éditions Flammarion



C’est l’histoire d’un figuier. Un figuier qui a plus de cent ans. Un figuier qui a abrité les amours clandestins de deux amants. Un figuier symbole d’une taverne à l’ambiance chaleureuse. Un figuier qui est le confident d’un homme esseulé.


Trois temporalités pour raconter l’histoire d’une île, l’histoire d’une famille et surtout l’histoire d’un amour interdit.


Defne est Turque et musulmane.


Kostas est Grec et chrétien.


Chypre est leur île. Chypre est coupée en deux. Ces conflits leur interdisent de vivre leur amour en plein jour. Alors ils ont trouvé refuge dans une taverne « Le figuier heureux » pour pouvoir s’aimer à l’abri des regards et de leur famille.


Ils vont braver les interdictions, être séparés plus de 25 ans, se retrouver et fuir à Londres pour sauver leur amour et le fruit de cet amour : Ada, leur fille.


Adolescente, Ada ne connaît pas ses origines chypriotes. Depuis le décès de sa mère, elle s’est murée dans un silence. Elle souffre.


Un devoir à rendre racontant une histoire familiale, une tempête pendant les fêtes de Noël et l’arrivée impromptue de sa tante qu’elle rencontre pour la première fois, vont lui permettre de découvrir ses origines et une partie de l’histoire de ses parents et de leur exil.


Une rencontre bouleversante entre ces deux femmes qui vont s’apprivoiser. Une rencontre nécessaire pour faire son deuil, mieux se connaître et surtout connaître sa mère.


Ce roman rend hommage aux exilés, aux habitants qui n’ont pas le choix que de fuir leur terre natale pour des raisons politiques, religieuses, familiales.


A travers cette histoire familiale, l’auteure revient sur la situation politique à Chypre et les conflits que l’île a traversé. L’histoire d’amour interdite entre ces deux êtres sensibles et ancrés à leur terre, lui permet de retourner dans le passé de Chypre et de parler de la colonisation, des guerres et de cette frontière au milieu de l’île.


C’est doux, poétique et engagé.


Une écriture onirique qui est une ode à la nature qui nous entoure et qui redonne sa place aux arbres dans nos vies et sociétés.


Les mots de l’auteure nous emportent. Il y a de la douceur et de l’élégance dans l’écriture. Un roman qu’on n’oublie pas même après avoir tourné la dernière page.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« J’essaie d’imaginer ce point d’inflexion dans le temps. Aussi fugitif qu’un parfum dans la brise, la pause la plus brève, la plus légère hésitation, le crissement d’un crayon indélébile sur la surface brillante de la carte, un tracé vert laissant sa marque irrévocable et ses conséquences éternelles sur les vies de génération passées, présentes et encore à venir. L’intrusion de l’histoire dans l’avenir. Notre avenir ! »


« Parce que dans la vraie vie, à la différence des livres d’histoire, les récits ne nous arrivent pas complets mais par pièces et morceaux, segments brisés et échos partiels, une phrase entière ici, un fragment là, un indice caché entre les deux. Dans la vie, à la différence des livres, nous devons tisser nos histoires à l’aide de fils aussi fins que les capillaires des ailes de papillon. »


« En effet, je crois qu’il est possible de déduire le caractère de quelqu’un à partir de la première chose qu’il remarque sur un arbre (…). Ce que je voulais dire, c’est que certains sont devant un arbre et la première chose qu’ils remarquent, c’est le tronc. Ceux-là ont pour priorité l’ordre, la sécurité, les règlements, la continuité. Ensuite, il y a ceux qui regardent les branches avant tout. Ils rêvent de changement, de liberté. Et puis, il y a ceux qui sont attirés par les racines, bien qu’elles se cachent sous le sol. Ils ont un profond attachement émotionnel à leur héritage, l’identité, les traditions … »


« Toi, mon amour, tu es d’une tout autre tribu. Quand tu repères un arbre, tu veux relier le tronc, les branches et les racines. Tu veux les tenir tous dans ta vision. Et c’est un grand talent, ta curiosité. Ne la perds jamais. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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