Rechercher
  • quandleslivresnousparlent

"L'embuscade" d'Emilie Guillaumin aux éditions Harper Collins



Un matin d’août, une délégation militaire se présente chez Clémence. Son mari, l’adjudant Cédric Delmas, appartenant à la 13ème RDP (Régiment de dragons parachutistes) est tombé dans une embuscade avec cinq de ses camarades alors qu’ils étaient en mission en Syrie.


Clémence en épousant Cédric, a accepté la passion, les risques de son métier et le mantra de son mari « Le parachutiste ne va pas au ciel, il y retourne ». Elle est habituée aux préparatifs avant chaque départ pour le « au cas où », aux longs mois d’attente quand son mari part en mission, à la crainte de trouver la délégation militaire un matin devant sa porte. Mais, là, elle ne veut pas croire à la disparition de son mari. Elle n’a rien ressenti au fond d’elle et surtout elle ne sait pas comment l’annoncer à ses trois garçons.


Avec les quatre autres femmes venant de perdre leur mari, elles deviennent les « veuves » des héros partis pour leur pays. Elles vont, dans un premier temps, se laisser porter par les procédures et les hommages imposés par l’armée. Puis chacune va exprimer son deuil différemment entre colère, recherche de coupables, repliement sur soi, nouveau projet ou encore en portant le rôle de femme de héros pour effacer la perte et la douleur.


Très vite, des zones d’ombre apparaissent sur la mission et les causes de la disparition de leurs maris. Pour ses enfants, pour comprendre, pour faire son deuil, Clémence se lance dans un combat afin d’obtenir la vérité. Elle va faire face à des secrets politiques, aux règles imposées par l’appartenance à « cette grande famille » qu’est l’armée.


Un roman qui met en avant les femmes de militaire. Ces femmes qui vivent dans l’attente du retour de leur conjoint et de la crainte des sonneries matinales. Des femmes qui ont appris à ne pas faire de projet, à ne rien savoir des missions de leur mari, à vivre une double vie : entre l’armée et leur vie de famille.


Un récit très réaliste, bien détaillé et expliqué.


Une écriture émouvante. La fin est poignante. La puissance des dernières pages ne laisse pas indemne et fait monter les larmes. Un magnifique hommage aux soldats disparus dans le cadre de leur engagement et à leur famille.


Une histoire qui bouleverse et d’une très grande justesse. Le combat d’une femme, d’une mère qui ne lâche rien pour rétablir la vérité.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Tout s’embrouillait, le déni du drame et la certitude de sa réalité. Le soupçon qui veut croire et l’énigme de la fatalité. Femme de héros, donc héroïne, c’était la fiction que venait de lui vendre l’armée. Une fiction plus vraie que nature, qui ne l’empêcherait pourtant pas d’être inconsolable. »


« La vision des paysages hostiles, les noms de villes et de régions inconnues nous donnaient l’impression de maîtriser une partie de ce qui pouvait arriver. C’était infime, factice même, mais cela nous rassurait. »


« La vie était là, dans mes entrailles, entre mes bras, collée à ma poitrine. Cédric vivait à travers lui. M’aimait dans une caresse d’Alexandre, continuait à se moquer de moi avec tendresse dans une pirouette d’Arthur. Cédric était désormais trois. Bientôt quatre, j’ai songé. La vie continuait. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

21 vues0 commentaire