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"La librairie de Téhéran", de Marjan Kamali aux éditions Hauteville



Quand Roya retrouve Bahman dans une maison de retraite de Duxton aux Etats-Unis, soixante ans après l’avoir vu pour la dernière fois, la première chose qu’elle lui demande : Pourquoi n’est-il jamais venu au rendez-vous qu’il lui avait donné au parc ?


Ses retrouvailles avec son premier amour plongent Roya dans ses souvenirs et elle remonte plusieurs décennies auparavant pour raconter l’histoire qu’ils ont vécu alors adolescents puis leurs vies séparées.


En 1953, à Téhéran, le père de Roya et Zari, les a inscrites dans un prestigieux lycée de la capitale. Il souhaite que ses filles soient les prochaines « Marie Curie » ou « Hélène Keller ». Dans un pays, où il sent la démocratie proche avec le premier ministre Mossadegh au pouvoir, il aimerait que ses filles changent le monde, il veut surtout le meilleur pour elles.


A 17 ans, Roya est une grande rêveuse, qui aime dévorer les poètes perses, surtout ceux de Rumi, et les romans de littérature étrangère. Elle pousse chaque semaine, la porte de la librairie de Monsieur Fakhri pour se plonger dans les recueils de poésie et les nouveaux livres. Elle se sent bien au milieu de tous ses ouvrages, papiers à lettre et stylos à plume. Elle se sent à l’abri parmi les pages des poèmes qui l’emportent.


Un jour, la porte s’ouvre brusquement. Une bourrasque nommée Bahman, vient frapper Roya en plein cœur. Quand elle le croise à la librairie, ses joues s’empourprent, ses mains deviennent moites, son cœur bat fort. Bahman est un jeune homme de 17 ans, issu d’une famille aisée de Téhéran et également un activiste politique, défenseur de la démocratie et très engagé. Un échange épistolaire engagé grâce à la complicité de Monsieur Fakhri qui glisse les lettres dans les romans, commence entre les deux jeunes amoureux. Leur amour grandissant, des rendez-vous au parc et dans des salons de thé se suivent jusqu’aux fiançailles.


Roya et Bahman vivent sur leur petit nuage. Le mariage doit avoir lieu à l’été, une fois que Roya aura terminé le lycée. Mais des manifestations politiques éclatent. Les rues ne sont plus sûres et des arrestations ont lieu. Bahman est recherché et part se cacher. Pendant plusieurs semaines, leur seul moyen de communication reste les lettres qu’ils transmettent à Monsieur Fakhri qui joue à nouveau l’intermédiaire et glisse leurs missives dans des recueils de poésie. La librairie qui a été le lieu de leur amour naissant, devient le lieu des rendez-vous clandestins et de la résistance.


Le jour où Roya et Bahman doivent se retrouver dans un parc pour se marier en cachette, Roya attend des heures mais Bahman ne viendra jamais. Alors Roya s’enfonce dans un profond chagrin d’amour. La situation du pays se détériorant avec le coup d’état de Reza Shah et chaque rue de Téhéran lui rappelant son amour perdu, Roya accepte la proposition de son père, de partir avec sa sœur, étudier dans une Université Californienne. Commence ainsi pour les deux sœurs une nouvelle vie et une lente reconstruction pour Roya.


Avec leurs retrouvailles, Roya nous conte leur histoire d’amour sous fond des événements politiques de l’Iran des années 50, du poids des traditions et des familles. Leur idylle ne plait pas à tout le monde. A travers cette histoire et leur correspondance, on découvre les secrets, le passé des personnages, leur vie pendant les soixante années de séparation.


Une très belle histoire d’amour racontée avec douceur et poésie.


Une douce lecture.


C’est l’histoire d’un premier amour, d’un amour qui dure toujours.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Les amoureux ne se rencontrent jamais par hasard, chacun abrite l’autre dans son cœur depuis le début. »


« Elle aimait côtoyer jour après jour des gens qui étaient sur le départ, pour ainsi dire. Elle appréciait le fait qu’ils se comportent sans faux-semblants et qu’ils ne se sentent pas obligés de prouver au monde à quel point ils étaient heureux, heureux, heureux. (…) Il lui plaisait d’aider les vieilles dames à appliquer leur rouge à lèvres fuchsia avec une régularité religieuse, comme si manquer une fois ce rituel aurait signifié une capitulation totale face à l’âge. »


« Dans un monde parallèle, le garçon qui lui avait découvrir l’amour, celui qui avait promis qu’il l’attendrait, n’avait jamais cessé de lui appartenir. Elle était à la fois dans ce lit médicalisé du centre de Duxton et dans la librairie de M. Fakhri, adossée aux étagères, savourant les baisers volés. Elle était simultanément dans ces deux dimensions parallèles. Il serait toujours là. »


« Le passé n’était jamais très loin, rôdant dans les recoins de votre mémoire, vous rappelant à l’ordre quand vous pensiez avoir tourné la page. »


« Mais l’amour continuera à vivre, les jeunes gens continueront d’espérer, le combat pour la démocratie ne s’éteindra pas. Les livres, les mots, les lettres, l’espoir – tout cela n’a pas de fin. C’est un amour dont on ne se remet jamais. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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