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"La passagère" d’Amélie Fonlupt, aux éditions Payot & Rivages



Dans les années 60, Mamé, la grand-mère de Léna fuit le Cap-Vert dans l’espoir d’un avenir meilleur et de pouvoir nourrir sa fille convenablement tous les jours. Au Cap-Vert, elle subit la pauvreté et l’oppression coloniale. Elle est contrainte de devenir une « voleuse de sables » pour survivre. Ramasser illégalement le sable sur la plage pour le revendre aux constructeurs de maison. Le jour, où sa fille, Reine, manque de se noyer, c’est l’électrochoc pour Mamé. Elle aussi, a le droit à un avenir meilleur.


Après quelques mois au Portugal, c’est à Cergy que Mamé et Reine posent leurs valises. Mamé travaille dur et devient exigeante envers Reine. Elle veut qu’elle réussisse. Mais Reine abandonne l’école et trouve un emploi chez Madame et Monsieur dans le 16ème arrondissement. Elle tombe amoureuse et très vite a une première fille, qu’à son tour, elle élève seule comme les femmes de sa famille.


Mamé a le mal du pays, le soleil et la joie de vivre lui manquent. Elle en a assez des tours, du gris et des gens qui râlent. Alors, elle retourne au Cap-Vert, Reine se marie et Léna arrive. Et Léna raconte les femmes de sa vie. Sa grand-mère qui ne s’est jamais sentie chez elle en France et qui a eu besoin de finir sa vie dans son pays de cœur. Sa mère qui ne se plaint jamais et qui prend chaque jour le RER pour aller travailler, rentrer le soir s’occuper de ses enfants et de sa maison. Une femme qui sourit peu, peu démonstrative mais toujours là pour eux. Une femme qui s’épanouie dans l’association d’aide aux réfugiés cap-verdiens. Une femme qui s’est interdite de rêver. Mais pas ses filles.


La sœur ainée de Léna, s’envole à 18 ans pour le Portugal et rêve de devenir une brillante avocate. Et elle, Léna, son rêve, c’est de devenir une grande pianiste. Mais dans une famille où le rêve n’a pas sa place, Léna apprend à jouer en cachette. Elle s’épanouit dans ces notes qui s’envolent, ces compositeurs qu’elle admire.


Un roman émouvant qui rend hommage aux mères et à leurs combats. Ce livre est une déclaration d’amour d’une fille à sa mère et le très beau portrait de femmes fortes et courageuses.


Un livre plein d’espoir et de rêves.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Au cinéma, César et Rosalie faisait deux millions et demi d’entrées, Véronique Sanson chantait « Besoin de personne » et Polnareff « Holidays ». Claude François rêvait d’un « Lundi au soleil », alors qu’aucun jour de la semaine ne l’était. On contestait, on réclamait, on était informés. Au Cap-Vert, elles avaient écouté quelques informations avec un poste de mauvaise qualité. Là-bas, on ne savait pas grand-chose de ce qui se passait dans le monde, on pensait à remplir l’assiette du lendemain, on s’inquiétait de la météo, c’était tout mais c’était bien. »


« Le pianiste ralentissait, puis comme pris d’inspiration, il accélérait. Il a joué du Schumann, du Chopin, du Bach et du Schubert. J’ai pensé, tiens c’est amusant, ces compositeurs ont un point commun. Au-delà du talent, bien sûr. Non mais c’est amusant, ils ont tous un « ch » dans leur nom. Et, tient c’est drôle, M. Selmach aussi en a un. Et après, tiens c’est marrant, mais je n’en ai pas, moi, de foutu « ch ». Et alors j’en suis venue à espérer une chose étrange, mais j’en suis venue à l’espérer quand même, j’ai prié pour qu’il n’y ait pas de lien entre les lettres composant un nom et le talent d’un pianiste qui compose, sans quoi j’étais, disons-le, plus ou moins foutue. Ou bien, il me fallait trouver une solution très vite, comme l’avait fait Francisco Serra, l’un des plus célèbres pianistes du Cap-Vert. Musicien qui devait avoir éprouvé ma crainte lorsqu’il emprunta le surnom de Chico Serra. Avec un assuré et audacieux « ch » en tête donc, et sans quoi il n’aurait peut-être pas eu le même talent ni la même carrière. Après tout, la vie offre toujours des solutions à celui qui sait les chercher. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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