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"La toute petite reine", d'Agnès Ledig aux éditions Flammarion



Dans la vie, il y a des moments où il faut toucher le fond pour pouvoir rebondir. C’est ce qui arrive à Capucine, jeune femme de trente ans qui élève seule sa sœur Adélie, depuis le terrible accident qui a coûté la vie à leurs parents. Depuis onze ans, Capucine a mis de côté sa peine et ses blessures pour se dédier entièrement à sa sœur, lui donner tout l’amour qu’elle a en elle pour combler le manque et ainsi devenir à la fois la grande-sœur, la mère et le père d’Adélie.


Alors le jour où sa petite sœur lui annonce qu’elle abandonne ses études de médecine après avoir brillamment réussi sa première année, pour mener des actions en faveur du climat, Capucine s’écroule. Les fondations qu’elle a vite construites à la disparition de ses parents ne sont plus assez solides pour affronter le coup que lui porte sa sœur à qui elle a « sacrifié » sa vie et ses rêves. Elle a perdu l’unique raison qui la faisait tenir debout : s’occuper de sa petite sœur.


Adrien, ancien militaire qui a combattu au Mali, a connu lui aussi cette pénible sensation de toucher le fond. Trois ans en arrière, il a manqué de perdre la vie dans une opération au sein du désert Malien et n’a jamais réussi à repartir. Pour se reconstruire, il suit une thérapie auprès de Diane et s’est reconverti comme maître-chien. Au côté de Bloom, son meilleur ami et collègue, il intervient dans les gares, aéroports en cas de valises oubliées par exemple.


Et c’est grâce justement à une valise oubliée à la gare de Strasbourg puis à la salle d’attente d’un couple de psychiatres qu’Adrien et Capucine vont se rencontrer et s’apprivoiser doucement jusqu’à admettre que le hasard fait bien les choses !


Ensemble, ils décident d’écrire une nouvelle page et de donner une seconde chance à la vie.


Capucine et Adrien sont entourés d’autres très beaux personnages, pas non plus épargnés par les tempêtes de la vie : un oncle au cœur brisé dont l’enfance a été douloureuse et qui ne s’est pas remis de ces blessures ; une petite-sœur engagée et combattante pour la survie de la planète ; une maman au corps généreux et au cœur en forme de soleil pour réchauffer les jours de maux et un vieux monsieur, gardien d’une maison et d’un amour passé.


Agnès Ledig nous conte la bouleversante histoire de personnages que la vie a bousculée et qui ont connu des moments douloureux. Ils ont ainsi passé des années en mode « pilotage automatique » pour se protéger des coups que la vie peut donner mais ils se sont en même temps privés de ce qu’elle offre de plus beau : aimer, rire, (se)découvrir, partager et surtout vivre.


Un roman tout en délicatesse et poésie (comme tous les romans d’Agnès Ledig) mettant en avant la nature, l’empathie, les qualités humaines et la bienveillance.


Avec comme décor, les magnifiques paysages des Vosges, l’auteure raconte une histoire de reconstruction, de choix, de destins croisés, de hasard et surtout de vie. Une histoire qui peut sembler ordinaire tant elle résonne avec nos vies mais avec la plume sensible et poétique d’Agnès Ledig devient extraordinaire et nous touche en plein cœur.


Chacun a son verbe dans ce roman pour se définir. Par exemple pour Adrien, c’est « protéger ». Pour ce très beau roman, c’est « émouvoir ».


Une lecture qui appelle à la lenteur, à respirer, à consommer mieux et à vivre en lien avec la nature et non contre elle.


Une histoire pleine de sentiments et d’émotions qui m’a beaucoup touché et qui résonnera pendant un bout de temps en moi.


Un roman qui montre qu’il faut avoir confiance en la vie car malgré les épreuves, il y a toujours de belles rencontres qui nous attendent quelque part.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Sans se l’avouer, elle rêve de renouveau, de page tournée, d’un après. Et elle rattrape ses pensées avant qu’elles n’aillent trop loin conquérir des horizons trop grands. Arrête avec tes plans sur la comète. Tu seras déçue s’il ne se passe rien. Elle rêve quand même. »


« Difficile quand la petite sœur fait plus de bruit que soi. Quand c’est elle qu’on admire, celle qui fait rire, celle qui réussit dans la lumière. Difficile d’être la grande, d’être le grand qu’on oublie parfois, qu’on ne remarque pas, qui s’applique en silence pour être aimé quand même. »


« L’instinct a souvent raison. Il a été inventé pour nous sauver de plein de choses basiques : boire, manger, se défendre. »


« On peut briller pour soi, mais voir notre propre lumière se refléter dans les yeux de ceux qu’on aime concentre le rayon et nous le renvoie directement dans le cœur. »


« « -Tu es sûre de toi ?

-J’étais sûre de faire médecine. Sûre de voir vieillir mon père. Sûre qu’Adélie ferait comme lui. Il faut peut-être arrêter d’être sûr pour agir. »

Moi, je suis sûr d’aimer les petits lapins, Epicure et Spinoza réunis. Peu importe si cette rencontre aurait pu ne pas être ou ne pouvait pas ne pas être. Elle est. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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