Rechercher
  • quandleslivresnousparlent

"Le cœur arrière" d'Arnaud Dudek aux éditions Les Avrils



Rien ne prédestinait Victor à devenir un champion en triple saut. Il suffit parfois d’un rien, pour que la vie nous mette sur un tout autre chemin que celui qu’on s’imaginait. Pour Victor, c’est changer de trajet un dimanche matin avec son père en sortant de la boulangerie. Passer par le parc de sa petite ville et observer cet homme qui s’entraîne. Puis, quelques semaines plus tard, il tombe sur un championnat d’athlétisme à la télévision et reste subjugué face à ces hommes et leur triple saut. C’est ça qu’il veut faire. Lui aussi, il veut connaître les sensations de ces athlètes.


Direction avec son père, dans la ville voisine pour s’inscrire au club d’athlétisme. Et ces frais d’inscription qui rongent une partie de leur maigre budget. Ce n’est pas grave rassure le père de Victor en passant une main dans ses cheveux. Son père qui ferait tout pour lui mais qui galère à joindre les deux bouts. Son père avec qui il forme un duo depuis le départ de sa mère.


Des entraînements, un coach qui le remarque. Il est doué le petit.


Alors une nouvelle étape. Cette fois-ci, direction un cursus sport-étude. Entraînements intensifs. Premières compétitions. Amitiés indispensables pour tenir et se soutenir. Il faut de la rage, de la douleur, de l’espoir, du mental et des heures et des heures d’entraînements pour rester dans la course, pour se hisser sur le podium et surtout se faire remarquer. Victor a tout ça.


Il gagne une place dans le meilleur institut privé d’athlétisme. Ils sont l’élite. Ils viennent de toute l’Europe. Ils s’entraînent encore plus dur. Ils ne lâchent rien. Il faut avoir du mental pour supporter les échecs, les coups bas et les remarques acerbes et humiliantes du coach. Il faut en vouloir pour ne pas tout abandonner. Il en faut du courage pour continuer à s’entraîner et laisser passer sa vie de jeunes adultes avec ses soirées, les entorses au régime et les rencontres qui font battre le cœur.


Un roman impossible à lâcher, comme les sauts et les entraînements qu’enchainent le personnage principal, nous lecteurs, nous enchaînons les pages. Victor reprend son souffle à la fin de son enchaînement et nous à la dernière page.


L’univers du sport avec ses bons côtés et ses aspects les plus sombres sont décrits ici. C’est le parcours d’un athlète de haut niveau, ses débuts en tant qu’enfant, les nombreuses heures d’entraînement, les compétitions, les premiers succès, les échecs, le mental, l’humiliation par son coach. Un roman immersif.


La plume de l’auteur est sensible et poétique. On s’attache à Victor et à ses rêves.


Un livre rythmé et magnifique.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Il n’est pas nécessaire de disséquer cette amitié : il y a tout simplement des âmes aussi complémentaires qu’un violon et un archet, des bouches qui finissent les paroles que nous commençons, des cœurs qui savent nous abriter comme des dunes et qu’on met nous aussi à l’abri du grand vent. »


« C’est des drôles de gens, ces sportifs, tu ne trouves pas ? Ils sacrifient tout, ils boivent pas, ils fument pas, ils ne font pas la fête, ils zappent leur jeunesse, bousillent leurs muscles et leurs tendons, tout ça pourquoi ? Des petites médailles, des records éphémères…Moi c’est clair, je ne pourrais pas. (…) Il y aurait beaucoup à dire. Des dizaines d’heures d’exercices chaque semaine, il faut en baver, c’est un chemin de croix parfois, les séances athlétiques, les bonds et les courses qui s’enchaînent, tout ça pour voler un peu, c’est une vie de sacrifices indispensables si l’on veut sortir du rang. De drôles de gens, alors ? »


« Si l’on prenait le temps d’aller lui parler, il raconterait certainement sa jeune vie, du moins quelques épisodes intenses, douloureux pour certains, lumineux pour d’autres, une existence d’authentique graine de champion avec ses bas très bas et ses hauts très hauts. C’est plus calme, désormais, confierait-il peut-être. Il n’est pas devenu plus sage, ni meilleur, ni plus fort. Disons juste plus serein.»

Et vous, quel passage vous a parlé ?


8 vues0 commentaire