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"Le livre de Neige" d'Olivier Liron aux éditions Gallimard



La rentrée littéraire de janvier nous offre de très beaux portraits de mère. Des femmes racontées avec pudeur, tendresse et humour par leurs fils. Des mamans à qui ces hommes disent « merci » et « je t’aime » à travers leurs mots, leurs souvenirs et l’histoire familiale. Quand Mabrouck Rachedi et Tonino Benacquista posent leurs mots d’amours avec pudeur et délicatesse, Roland Perez utilise l’humour pour parler de sa mère fantasque, un brin diva et surtout mère poule. Olivier Liron lui a choisi la tendresse et les passions communes pour lui témoigner son admiration.


Ce récit se compose de deux parties. Deux parties pour deux regards : le regard d’un homme sur l’enfance de sa mère ; le regard admiratif d’un enfant sur la femme qu’est sa mère.


Maria Nieves, Marie des Neiges, est née en Espagne dans les années 50. Avec le franquisme et la crise économique, ses parents décident de partir travailler ailleurs. Neige a 9 ans quand elle arrive en France. Elle ne maîtrise pas la langue de Molière avec ses règles et exceptions. Jamais elle ne baissera les bras, elle travaillera deux fois plus dures que les autres et sera dans les premières de sa classe. Neige est une élève brillante avec un don pour les mathématiques. Elle continuera sa scolarité au lycée puis en classe préparatoire.


Neige s’est développé son monde. C’est une enfant rêveuse qui aime les livres, les arbres et les mathématiques. De la souffrance et des moqueries qu’elle a connu en commençant son enseignement en France, elle en tirera sa force et sa pédagogie quant à son tour, elle devient professeure.


Son fils est un enfant en avance, débordant d’imagination avec une enfance bercée par les livres, les balades en forêt, le piano chez ses grands-parents paternels en Bretagne et les jolies histoires chez ses grands-parents maternels dans la cité Copernic à Pantin. Un enfant rêveur qui va connaître la violence de la cour de récré, la violence de ceux qui n’acceptent pas la différence.


La curiosité et l’univers des livres créent une bulle réconfortante pour Neige. Son fils lui aussi se protège grâce aux livres, aux arbres dont il porte le nom de l’un d’entre eux et les poèmes et histoires qu’il écrit dans son cahier à la couverture de lama offert par Neige.


C’est l’enfance d’une mère et de son fils qui se répondent. Des souvenirs et des histoires familiales qui s’entrecroisent. Des passions communes, des imaginaires très développés, des différences assumées et une force tirée de la vie. Quand le petit garçon voit sa mère sombrer dans la dépression, il se bat contre ceux qui le violentent à l’école. Il grandit à son tour, s’éloigne de sa mère qui a perdu son sourire et sa joie de vivre pour finalement mieux la (re)découvrir quelques années plus tard quand elle sort de ce long hiver pour à nouveau renaître et se déployer.


Un livre très émouvant que j’ai refermé les larmes aux yeux. Poésie, humour et tendresse se mélangent pour poser des mots bouleversants sur ce très beau lien entre une mère et son fils.


Un très beau portrait d’une femme indépendante, engagée, brillante et aux fortes convictions.


Une très belle déclaration d’un petit garçon et d’un homme à sa mère.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Un rêve, c’est une fiction qui dit la vérité. »


« Nous rêvons de héros et d’héroïnes différents. Des héroïnes exilées. Des héroïnes de l’immigration. Réhabiliter la mémoire de nos proches, ce pourrait être un début. Ma mère, comme ma grand-mère, comme des millions d’autres femmes étrangères arrivées en France à cette époque, est une héroïne. »

« On dit qu’il y a des personnes que l’on croise, que l’on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, et changent le cours de votre vie. »


« Plus tard, elle dira qu’elle est un électron libre. Une inclassable. Elle vient d’ailleurs. Elle est en décalage. Elle dérange. Et ça tombe bien, elle n’a aucune envie d’être madame Tout-le-Monde. »


« Seulement, elle a toujours un roman caché à côté des bordereaux. Elle est habituée, elle fait souvent ça en classe, ouvrir un grand livre pour en cacher un autre. Une trousse devant, ça ne se voit pas. »


« J’écris les choses en essayant de les rendre plus belles qu’elles ne sont. J’écris des poèmes, je sculpte ma douleur jusqu’à ce qu’elle devienne un chant. Je serai un ange de la révolte et de l’amour. Un messager. Je serai un homme qui danse. Un résistant. Une âme forte. Je garderai ma singularité. Je l’affirmerai. Je me battrai contre l’injustice. Je nourrirai mon humanité en chantant ma ressemblance avec tous les opprimés du monde. Je suis le fils de Neige, qui répandra la lumière. »


« Je crois que c’est exactement la définition de la tristesse. Être triste, c’est avoir épuisé toutes les façons possibles de parler à ceux qu’on aime. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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