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"Les étincelles" de Julien Sandrel




Phoenix, jeune femme de 23 ans, au caractère bien trempé, cache sous ses airs provocants et ses nombreux piercings, une faille bien enfouie. Son père est décédé, il y a trois ans dans un accident de voiture en Colombie en allant rejoindre sa maîtresse. Depuis, Phoenix a abandonné ses rêves et la passion qu’elle partageait avec son père : le piano. Elle suit désormais des études de sciences tout en enchaînant les petits boulots pour aider financièrement sa mère. Plus personne n’évoque son père à la maison, ni sa mère, ni son petit frère César. Les seuls souvenirs de son père se trouvent dans un carton « à oublier », rangé au fond de la cave. Seule sa grand-mère, Sandra, continue à parler de son fils. Sandra aimerait que sa belle-fille et ses petits-enfants lui pardonnent et tournent la page pour enfin se permettre d’avancer et de reprendre leurs rêves.

Alors, poussée par sa grand-mère, le jour des trois ans de la disparition de son père, Phoenix prend son courage à deux mains et descend à la cave, renouer avec les affaires de son père. Là, elle fait une découverte qui va changer sa vie à tout jamais et remettre en cause la mort « accidentelle » de son père. Dans le walkman qu’elle partageait avec son père, elle y découvre un bout de papier coincé avec une phrase en roumain inscrite sur une face et de l’autre un message codé avec les coordonnées de la maîtresse de son père. Si son père n’était pas décédé dans un accident de voiture comme l’affirme la police ? S’il avait été tué ?

Aidée par son frère César, un surdoué en informatique, Phoenix se lance à la recherche de la vérité. Elle infiltre « Lumière », la plus grande entreprise de produits chimiques, et commence à enquêter quitte à mettre en péril sa vie. Ses recherches la mèneront en Colombie, où son père a été vu pour la dernière fois. Elle se lance dans un combat du type David contre Goliath, sans penser aux conséquences de ses actes sur sa vie. Sa seule détermination : connaître la vérité sur la disparition de son père et rendre justice à toutes les victimes de Lumière.

A travers ce nouveau roman, Julien Sandrel rend hommage au courage et à la détermination des lanceurs d’alerte. Ce livre met en lumière leurs bravoures et les risques qu’ils prennent, mettant très souvent leurs vies en danger pour rétablir la vérité.

Comme ses deux précédents romans, Les étincelles, est un livre passionnant, poignant, très bien documenté et ancré dans la réalité. Une fois ouvert, on s’attache très vite aux personnages et on est tenu en haleine jusqu’à la dernière page.

Magnifique récit qui fait écho aux problématiques actuelles notamment sur l’écologie. Jusqu’où certaines entreprises sont prêtes à fermer les yeux pour faire du rendement ? Ce roman fait réfléchir et est un très bel hommage à toutes les personnes qui s’engagent et prennent des risques inconsidérés.

Julien Sandrel démontre avec ce roman qu’il est un écrivain multifacette, qui surprend à chaque fois ses lecteurs en proposant des thèmes et des livres différents. On a vibré avec Thelma dans La chambre des merveilles, maman d’un garçon dans le coma qui fait le pari fou de réaliser tous les rêves de son fils, on a suivi la transformation de Romane, jeune femme hypocondriaque à la vie bien rangée, dans La vie qui m’attendait, on est encore transporté avec Phoenix dans Les étincelles.


Les passages du livre qui m’ont touché :

« Mais maman reste bloquée. Elle, qui n’a jamais été très douée en mots ou gestes de tendresse, se dévoue à ceux qu’elle aime. Son truc à elle, sa fierté, c’est que nous ne manquions de rien. Alors César et moi, nous la remercions, et chacun enferme sa rage, ses regrets, ses aspirations, dans de petites boîtes, bien planquées au fond de son cerveau. »

« Le plus choquant dans toutes mes lectures, c’est la désincarnation de l’entreprise. L’entité est identifiée bien sûr, mais on ne cite que très rarement le nom de ses dirigeants. Pourtant, les orientations d’une organisation ne sont pas déterminées par une intelligence artificielle. Il y a des personnes humaines aux commandes. Des femmes, des hommes, qui chaque jour prennent des décisions conscientes. Qui chaque jour ont le pouvoir de dire stop. Qui, chaque jour, choisissent de continuer. De sacrifier des vies sur l’autel du profit. Ces gens-là n’ont rien d’abstrait. Ils existent bel et bien. »

« Il suffirait pourtant simplement d’appliquer le principe de précaution. Mais Lumière est puissant. »


« C’est curieux, cette mer d’huile, juste avant que se déchaîne l’ouragan. Une plénitude paradoxale, alors même qu’en moi se dessinent les contours d’un projet fou.

Je laisse ce projet se développer dans mon esprit, et progressivement il prend une nouvelle dimension. Devient concret, palpable.

Je me mets à sourire.

Ma volonté s’affermit. Jusqu’à balayer le reste.

Alors dans le creux de mon cœur, je murmure une promesse à mon père. Une promesse irrévocable. Celle de tout faire pour rendre justice. A lui et aux autres. »


« Je n’aime pas faire les choses à moitié. Je me dis toujours que je préfère mourir à quarante ans en ayant rempli mon corps d’adrénaline, plutôt qu’à quatre-vingt piges en étant resté le cul dans un fauteuil à comater devant la télé. »


« L’histoire de Snowden, c’est l’histoire éternelle du faible contre le tout-puissant, de l’infiniment petit contre l’immensément grand. C’est l’histoire d’un simple lanceur d’alerte qui a su en attirer en quelques jours l’attention du monde entier sur un scandale d’une ampleur sans précédent. Le message est fort, universel : au fond, rien n’est impossible. Un seul individu peut parvenir à faire tomber tout un système. (…) Pour un Snowden, combien de Charlie sacrifiés ? »


« Aujourd’hui je me rends compte que le temps est une denrée précieuse, et que l’on n’a que deux options pour l’utiliser : soit on se lamente sur d’impossibles futurs, soit on vit l’instant présent. J’ai fait partie de l’équipe lamentation, pendant trois ans. J’ai résolument intégré la seconde. »


« J’ouvre les yeux, déjà l’avion est au-dessus des nuages. C’est beau. J’ai toujours aimé l’altitude. Je pourrais passer des heures à observer la blancheur immaculée qui s’étend à l’infini.

Je me sens soudain tout petit, au cœur de ce paysage grandiose.

Que sommes-nous, face à l’immensité du ciel ? Des poussières, de simples grains de pollen. Mais dotés d’un extraordinaire pouvoir : celui de choisir. Choisir de se jeter dans la mer et de périr sans avoir rien construit. Ou choisir de se poser, quelque part dans l’herbe fraîche. »



Et vous, quel passage vous a parlé ?

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