Rechercher
  • quandleslivresnousparlent

"Les confluents", d'Anne-Lise Avril, aux éditions Julliard



En Jordanie, Liouba, jeune journaliste, réalise son premier reportage sur la plantation d’une forêt dans le désert. Elle fait la rencontre de Talal, photographe qui suit les populations de réfugiés. Une amitié se noue entre ces deux être orphelins, qui fuient leurs terres natales et se cherchent à travers les pays qu’ils découvrent pour leur métier.


Pendant plusieurs années, Talal et Liouba vont se croiser au détour d’un pays, au départ d’un aéroport ou pour un reportage commun. L’amitié qui les lie, c’est transformé en amour mais aucun des deux ne veut briser le lien qu’ils ont créé et n’ose partager ses sentiments. Talal continue de photographier les populations du Moyen-Orient qui migrent pour fuir les conflits internes. Liouba s’est spécialisée dans les reportages sur le changement climatique en s’axant principalement sur la protection des forêts et la lutte des populations contre la déforestation.


A travers ce roman, en quatre parties et se déroulant sur cinq années, on suit les voyages de Liouba et Talal, leurs retrouvailles, leurs réflexions et leurs pensées sur le monde qui les entoure jusqu’à leur lieu final, l’endroit qui stoppera leur fuite et qui deviendra leur terre : l’île de Sulawesi en Indonésie.


Un magnifique roman engagé et écrit avec douceur et poésie.


Un récit qui résonne avec l’actualité du monde sur les questions écologiques, des conflits internes dans certaines régions du monde et des populations qui migrent pour fuir les changements climatiques et les guerres.


Une histoire qui parle d’écologie, de disparition des espèces, de la nécessité de protéger notre terre, elle qui nous fait vivre, qui montre les dérives de la mondialisation et de notre société de consommation, qui rend hommage aux personnes qui s’engagent pour la protéger et qui dénonce la violence de notre société capitaliste.


Un récit qui invite à s’engager et à réfléchir sur le monde qu’on veut laisser à nos enfants.


La protection de notre planète racontée avec poésie et douceur et s’entremêlant dans une très belle histoire d’amour entre deux êtres sensibles.


Une histoire de réconciliation entre les hommes et la terre. Un premier roman d’une très grande beauté.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Et tout finira. Parce qu’un départ, toujours, marque quelque chose d’un début et d’une fin. Un début, pour celle qui s’éloigne vers l’horizon nouveau. Une fin, pour celui qui demeure dans un paysage vide. »


« L’exil est l’état naturel de l’être humain. Né dans un lieu du hasard, appelé à ne jamais y demeurer, appelé à toujours y être ramené. »


« Il y avait toujours quelque chose de troublant à rencontrer d’autres êtres dotés de la même langue que la sienne dans des endroits si distants de leurs lieux de vie, comme s’il était possible d’oublier leur capacité à se déplacer, à s’éloigner de chez eux, à se perdre parfois volontairement. »


« Les images restent. La couleur des êtres et des lieux. Leurs reliefs et leurs contours. »


« A lui, l’immédiateté de la photographie numérique, la force du regard et les nuances objectives. A elle, la lenteur de l’écriture, les méandres des phrases et la transcription de la complexité. »


« Voilà ce qu’était l’un des derniers glaciers du monde, à présent. Un corps immobile, recouvert d’un linceul. »


« Pourtant c’est peut-être ça, la vraie vie. Vivre seulement du jour qui vient. Cultiver et pêcher sa nourriture. Vivre sans se projeter sans cesse vers d’autres lieux. »


« Le temps de son voyage, Jaya imaginera un autre monde possible. Les vagues iraient en sens inverse, très grandes et de plus en plus petites, jusqu’au lieu mystérieux de leur source au milieu des océans. Les îles émergeraient des flots et redeviendraient îles après avoir été abysses. Les glaciers se reformeraient sur les pôles et les montagnes, strate après strate, géants gelés éternels. Les neiges renaîtraient du sol avant d’être tombées des nuages. Les hivers succéderaient de nouveau aux étés. Les feux de forêts diminueraient jusqu’à n’être plus que brasille, étincelle, et bientôt plus rien dans le vert végétal. Les foules quitteraient les routes de l’exil et rentreraient chez elles, dans leurs villes au ciel encore clair et aux plages inchangées. Les couples heureux recommenceraient à se marier. Des enfants naîtraient de leurs unions et grandiraient jusqu’à devenir parents à leur tour. La dernière girafe se relèverait de son lit de poussière et s’abreuverait dans l’eau retrouvée. S’il était possible à l’humanité de revivre, elle changerait le monde. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

10 vues0 commentaire