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"Les Rêveurs définitifs" de Camille de Peretti, aux éditions Calmann-Levy



Rêver sa vie ou la vivre ? Emmanuelle a fait le choix de faire les deux. Entre deux romans feel-good et de romance traduits, assises à son bureau avec vue sur les toits de Paris, son esprit part dans des contrées lointaines. Elle vit de belles rencontres amoureuses, écrit son roman qui devient un succès, sait déjà ce qu’elle dira aux interviews données. Mais une erreur administrative la ramène rapidement dans la vie réelle. Elle n’a pas le temps de s’atteler à son grand roman, elle doit vite trouver de nouvelles traductions car elle doit 5000€ à l’administration fiscale.


Quand sa mère vit dans ses rêves, Quentin lui vit dans ses jeux vidéos. Ils vivent côte à côte sans réellement se parler. Dans la réalité, il est Quentin, un collégien peu populaire, toujours la tête dans les nuages et amoureux d’une seconde. Dans la réalité virtuelle, il est Shrimp, un personnage doué, entouré d’un groupe d’amis, capable de déjouer le moindre piège.


Pour trouver la somme qu’elle doit aux impôts, Emmanuelle est contrainte d’accepter un contrat avec la société Kiwi, une entreprise qui veut révolutionner la traduction en remplaçant les traducteurs par des robots capables de traduire tous les auteurs en n’importe quelle langue et en un délai record. Un logiciel qui va rendre son métier obsolète. Mais les robots, sauront-ils donner sens aux émotions transmises par un auteur ? Quand Emmanuelle s’interroge sur le choix d’un verbe, d’un temps ou de l’emploi du vouvoiement ou du tutoiement pour donner vie à un texte, les robots y réfléchiront-ils ?


A travers ses jeux, Quentin va passer dans le dark web et quand une mystérieuse organisation le contacte pour attaquer Kiwi, il n’hésite pas.


Mère et fils vont ainsi se retrouver réunis par une société qui les dépasse et s’ancrer dans la réalité pour dépasser le virtuel.


Une histoire qui met en avant les rêveurs, ceux qui avancent dans la vie avec la tête dans les nuages. Ceux dont le cerveau est surdéveloppé pour imaginer des histoires, qui sont scénaristes de leur vie à défaut d’être acteurs et qui sont souvent un peu trop naïf et accorde trop facilement leur confiance.


Un récit qui mélange le réel et l’imaginaire. Le lecteur est à la fois dans la tête et les rêves des personnages mais également dans leur quotidien. A travers les pages, ce roman nous invite à nous évader tout en gardant un pied dans le réel.


Une touche d’humour pour raconter avec ironie des situations du virtuel et du nouveau monde du travail qui nous dépassent.


Une histoire touchante qui déculpabilise les rêveurs professionnels ! Une très belle ode aux rêveurs définitifs.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« (…) elle parlait seule, mais pas à voix haute, dans sa tête, comme tout le monde. »


« Tour à tour et en permanence traversée par des histoires horribles et merveilleuses, Emmanuelle Tence avait pris le parti d’être une rêveuse définitive. Car il ne s’agissait pas de choisir entre rêver sa vie et la vivre, il fallait faire les deux. »


« Elle se foutait d’avoir une cuisine, tout ce qu’elle voulait, c’était pouvoir empiler ses livres, et les livres s’empilaient très bien dans les soupentes. »


« Dans un jeu, les personnages s’arrêtaient et se faisaient face pour se parler, mais dans la vie, les gens pouvaient se retrouver nez à nez sans se voir. In Real Life chacun s’ignorait, bloqué sur sa propre voie. »


« « Le travail de réfléchir ne se prend pas et ne se quitte pas comme un habit : il faut toujours une heure de recueillement, et je n’ai que des moments », écrivait Stendhal qui n’avait pas à ramasser les chaussettes de son fils adolescent et ne se préoccupait que de ses amours malheureuses. Stendhal qui, lui aussi, préférait la rêverie à tout. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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