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"Paris-Briançon" de Philippe Besson aux éditions Julliard



Veille de vacances scolaires, départ à bord de l’Intercités de nuit n°5789, en direction de Briançon. Le train partira de la gare d’Austerlitz à 20h52 et arrivera à destination à 8h18. Mais à son bord, tous les passagers ne verront pas l’arrivée.


Le drame qui va se produire est planté dès le départ et plus on avance dans les pages, plus la tension monte.


A bord de ce train de nuit, de nombreux passagers, certains ont pris ce train par souhait et par goût de l’aventure, d’autres pour des raisons économiques ou encore par contretemps et billets échangés au dernier moment.


Des rencontres dont seuls les trains et la promiscuité ont le secret. Un groupe de jeunes et un couple de personnes âgées vont se découvrir une passion commune pour la Belote et l’engagement politique. Une mère célibataire abîmée et un commercial qui sous son apparence joviale et ses blagues cachent ses angoisses, vont oser faire tomber les masques lors du trajet et laisser les apparences derrière eux. Deux hommes timides vont se confier leurs secrets et blessures les plus intimes.


Des liens vont se créer. Des amitiés se nouer. Des amours d’une nuit se dessiner.


Des moments de vie rythment le récit. Une balade à travers la France et des mots plus faciles à confier à des personnes qu’on pense ne plus jamais croiser. Le trajet est le moment des confidences, pour passer le temps au départ, puis pour s’ouvrir et se lester d’un poids trop pesant comme on abandonnerait une valise sur le quai d’une gare.


Au fil des pages, on voit défiler le paysage, on suit les différents arrêts, on recueille les confidences, on sent le drame s’approcher et on vit avec ces personnages jusqu’au moment fatidique.


Un roman optimiste qui met en avant le partage, la solidarité et les liens intergénérationnels et d’amitié.


De très beaux portraits d’hommes et de femmes.


Un récit qui invite à s’ouvrir aux autres et à oser parler à son voisin car de belles amitiés peuvent naître entre des personnes qui étaient des parfaits inconnus quelques heures auparavant.


Une histoire qui nous berce dans le mouvement des wagons filant à travers la campagne et qui nous invite au voyage.


Beaucoup de tendresse et de douceur accompagné d’un peu de nostalgie pour ces voyages de nuit. Une belle découverte de cette rentrée littéraire de janvier.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Souvent, la vie se décide sur presque rien, une rencontre, une opportunité, une paresse. »


« Ils n’ont pas vraiment de passé, ou l’ont déjà oublié. Ils s’en souviendront plus tard, quand ils seront des adultes, le regretteront peut-être, en parleront comme d’un temps béni, ou seront bien contents de s’en être dépêtrés, mais là, tout de suite, il n’existe pas. Si bien qu’échappant à la nostalgie, ils échappent aussi à la mélancolie.

Ils ne songent pas à leur avenir. Pour eux, le temps des contraintes n’est pas encore venu, avec son cortège de devoirs, de normes, ou d’inquiétudes. Ils peuvent encore se laisser guider par la légèreté, s’adonner à l’indolence, céder à l’optimisme. Ils peuvent encore croire le bonheur possible et partir à sa recherche.

Ainsi, seul compte l’instant présent. »


« (…) oui il est tellement habitué aux mots sans importance que les mots qui comptent lui font peur (…) »


« Serge veut parler des apparences et de ce qu’il y a derrière. Et derrière, il y a presque toujours des êtres cabossés. Il veut parler des discours qu’on tient et des secrets qu’on dissimule. Il veut dire qu’ils sont des gens simples, des gens ordinaires mais que ça ne les empêche pas, de temps en temps, d’avoir du mal avec la vie. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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