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"Porca Miseria" de Tonino Benacquista aux éditions Gallimard



En 1954, Cesare et Elena Benacquista quittent leur Italie natale pour s’installer en banlieue parisienne. Cesare a été embauché dans une usine de bateaux de plaisance. Et c’est lors d’un hiver glacial de 1954 qu’il fait découvrir à sa famille les lumières de Paris et les installe dans un petit deux pièces à Ivry-sur-Seine. Cesare aurait pu choisir de partir aux Etats-Unis et d’y faire fortune comme son frère ou bien de rester en Italie pour cultiver des terres et agrandir sa propriété mais c’est la France qu’il choisit.


Tonino Benacquista est le petit dernier de sa fratrie après un frère et trois sœurs. Le seul de la fratrie à être né en France.


Dans ce récit très touchant, Tonino Benacquista nous raconte le récit de ses origines, l’arrivée en France de sa famille, le parcours de ses frères et sœurs, la douloureuse séparation de sa mère avec sa terre natale et son lien avec son père.


Un roman qui nous conte l’histoire d’un petit garçon doux et rêveur, passionné par les histoires qu’il se raconte et qu’il visionne, blotti dans les salles obscures.


Il retrace le parcours d’un enfant timide qui aimait s’inventer des histoires, qui a écrit ses premiers récits en tapant à deux doigts sur la machine à écrire de ses sœurs. Un adolescent qui passait ses vacances d’été dans les cinémas en Italie et se nourrissait de scénarios et de films. Un lycéen qui a découvert sur le tard les livres grâce à « Une vie » de Maupassant et cette passion dévorante de la littérature. Un petit dernier qui a eu la chance de pouvoir poursuivre ses études alors qu’il n’était pas le meilleur élève de sa famille et d’avoir été le premier à avoir eu son baccalauréat. Un jeune romancier qui a publié ses premiers romans aux Presses de la Cité et à la Série Noire de Gallimard. Un écrivain qui vit de sa plume et avec quelques démons transmis par ses parents.


Par des mots tendres, poétiques et teintés d’humour et de mélancolie, il rend un très bel hommage à sa famille.


Une mise à nu de l’auteur qui se confie sur sa passion des mots et des histoires, sur la naissance de son désir d’écrire et d’en faire son métier, sur son enfance et ces moments qui se sont répercutés sur sa vie d’adulte.


Les confidences touchantes d’un homme.


L’histoire d’une vie et des choix qu’on décide et qui la détermine.


Une déclaration d’amour à sa famille, au cinéma et aux mots qu’il sait si bien manier dans chacun de ses romans.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Il y a cependant dans mon musée imaginaire un petit cabinet de curiosités regroupant, telles des statuettes sur des socles, les rares objets de ma vie ayant une valeur symbolique ; une valise fermée par une sangle, un électrophone Teppaz avec des 45 tours d’Adriano Celentano, un échiquier sans ses pièces, une machine à écrire en bakélite, une ceinture jaune de judo, un blouson en tissu rouge recouvert d’écussons, un téléviseur de la marque Telefunken, et rien d’autre. »


« J’y éprouve le sentiment illusoire mais plaisant de n’avoir rien oublié de la multitude d’interactions humaines qui me constituent comme une mosaïque. C’est dans cet aréopage que je puise pour créer mes personnages de fiction, volant à celui-ci un détail physique, à celle-là un trait de caractère, que j’agrège selon mes besoins et mes envies. »


« Faut-il avoir un père qui récite les vers du Cid et une sœur en hypokhâgne pour persister dans l’idée folle de vivre un jour de son écriture ? Si je ne m’en donne pas l’autorisation, qui le fera ? Qu’on me laisse me casser les dents sur le réel, que je compte justement subvertir et transfigurer. Les premiers mots du matin seront : Il était une fois. »


« Ecrire ? Croyez-vous vraiment que l’imagination suffit ? Débarrassez-vous de l’esbroufe, maîtrisez votre démonstration, confrontez-vous à l’exercice imposé, retournez-le à votre avantage, et surtout, ne livrez à la lecture aucune phrase sur laquelle une vieille prof de sciences puisse trouver à redire. »


« Lire, c’est entrer dans une cathédrale. Ecrire c’est y mettre le feu. Lire c’est un patriarche qui vous veut du bien. Ecrire c’est une petite traînée qui n’en fait qu’à sa tête. Lire c’est l’excellence des autres. Ecrire c’est l’insuffisance de soi. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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