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"S'adapter" de Clara Dupont-Monod aux éditions Stock



Jamais, on ne porte grande attention aux pierres de notre rue, à celles qui constituent les murs de nos maisons, ces pierres qui nous protègent, sont les compagnons de nos jeux d’enfants et les témoins du temps qui passe.


Pourtant dans le roman de Clara Dupond-Monod, ce sont les pierres qui racontent l’histoire de cette fratrie. Ces frères et sœurs qui sont en réalité quatre mais toujours que trois sur les photos.


Au milieu des Cévennes, il y a l’aîné, la cadette, le dernier et au centre un enfant handicapé. Ce frère si différent dont le corps grandit et dont l’esprit reste celui d’un nourrisson qui ne pourra jamais parler, voir, se tenir droit ou marcher. Ce frère qui les différencie des autres mais qui leur apporte beaucoup. A ses côtés, ils développent leurs sens, ils apprennent la lenteur, la bienveillance et l’écoute aux autres. Mais grandir à ses côtés n’est pas tous les jours simples. Il faut s’adapter, accepter les jours de tristesse, d’inquiétude et de colère.


Les enfants ne sont jamais nommés dans ce roman. Ils sont définis par leur place au sein de la fratrie. Chacun réagit différemment au handicap de leur frère. Chacun a une partie dans le récit pour exprimer son ressenti.


L’aîné développe une relation fusionnelle avec son petit frère. Il le protège, lui décrit ce qui l’entoure, lui consacre beaucoup de temps. En vivant avec lui, il développe une très grande sensibilité.


La cadette est en colère. Elle en veut à ce petit-frère d’être différent. Elle aura besoin de le rejeter pour mieux l’aimer. De cette expérience, elle en tirera sa force et sa stabilité.


Le dernier est celui qui est arrivé quelques années après la disparition de son frère. Il ne l’a pas connu mais vit avec son fantôme. Il est celui qui fera tout ce que son grand frère n’a pas pu faire. Il est l’enfant réconciliateur.


Clara Dupond-Monod signe un magnifique roman, bouleversant et d’une très grande sensibilité. Des mots simples et puissants pour raconter avec justesse la différence et les liens d’une fratrie. Le récit est lumineux et chargé en émotions.


C’est une histoire qui parle d’amour et de ce lien magnifique et invisible qui rassemble les frères et sœurs.


Une très belle déclaration d’amour à la famille et aux enfants différents.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Chaque adulte devrait se souvenir qu’il est redevable envers l’enfant qu’il fut. »


« Il se tient là, le cœur tendu mais content, entouré de ceux qu’il aime, sa sœur, son frère et nous les pierres, en forme de lit ou de jeux. »


« -Parce qu’elles sont tristes. Et quand on est triste, on ne juge pas.

-N’importe quoi. Je connais plein de gens tristes qui sont méchants.

-Alors ce sont des gens malheureux. Mais pas tristes. »


« La cadette rit, d’une main elle frotte le dos de l’aîné, de l’autre tient le dernier par la nuque. Puis ils se figent tous les trois devant l’objectif. La photo est prise. »


« Un blessé, une frondeuse, un inadapté et un sorcier. Joli travail. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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