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"Soleil Amer", de Lilia Hassaine aux éditions Gallimard



Dans les années 60, Naja rejoint avec ses trois filles Maryam, Sonia et Nour, son mari Saïd, en France. Son arrivée dans ce pays qu’elle idéalisait, ne ressemble à rien à ce qu’elle imaginait. La réalité est plus rude. Ils se retrouvent à vivre à cinq dans une pièce. Le travail à l’usine a changé Saïd. Ses yeux sont devenus tristes et terne et il a développé un penchant pour la bouteille qui le rend violent. Grâce à sa belle-sœur, Eve, qui est issue d’une famille aisée et que le frère de son mari a épousée, ils trouvent un appartement dans une cité d’une banlieue parisienne. Bientôt Naja tombe à nouveau enceinte. Alors un secret va lier à jamais Naja et Eve.


Ce roman retrace l’immigration et l’intégration d’une famille algérienne des années 60 à la fin des années 80. C’est une fresque familiale avec ses moments de bonheur, ses drames et ce secret qui va devenir de plus en plus étouffant avec les années pour les membres de cette famille.


Mais avant d’être une histoire de famille, c’est aussi une histoire de femmes. Les femmes sont mises en avant dans ce récit. L’auteure raconte de très beaux portraits de femme qu’elles soient mères, épouses, filles, amies, voisines ou belles-sœurs, qu’elles soient issues de l’immigration ou nées en France. Ces femmes portent l’histoire avec leurs forces et leurs failles, leur courage et le poids des traditions.


C’est aussi une chronique sociale et réaliste sur l’évolution de la société française, l’émancipation des femmes au fil du temps, le ravage de la drogue et du sida et la construction des banlieues de région parisienne au départ flamboyante dans les années 60 avec le confort qu’apportaient ces appartements, la mixité sociale qui existait, les lieux de partages et les moments de fête. Puis sa lente décrépitude au fur et à mesure des années avec la fermeture des centres de loisirs et les caves qui sont désormais les nouveaux lieux où se retrouvent la jeunesse et où circulent la drogue puis le sida, les nouveaux bâtiments qui poussent sur les espaces-verts, les bâtiments laissés à l’abandon avec les ascenseurs qui ne fonctionnent plus et les tags dans les cages escaliers.


C’est un magnifique roman qui coupe le souffle tant l’écriture est belle et maîtrisée. Il n’y a pas de non-dits mais pas non plus de mots qui choquent. Chaque mot posé fait sens, chaque mot décrit la réalité.


J’ai découvert la plume de Lilia Hassaine, avec son premier roman « L’œil du paon» que j’avais adoré. J’ai été emportée par ce deuxième roman qui confirme le talent de l’auteure.


Un livre beau, sublime et nécessaire. Un de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« On devrait apprendre à aimer les traces du passé, les rides qui ressemblent à des larmes, celles qui témoignent d’un caractère anxieux et marquent le front. Les visages qui vieillissent le mieux sont ceux qui ont vécu. »


« Pour la première fois de leur vie, ils ignoraient où ils allaient, pourquoi ils y allaient, mais ils suivaient cette route, comme une pièce de musique déjà écrite pour eux. Eve apprit à aimer cet état de curiosité, ce tremblement au bout des phalanges, ce malaise qui coupe l’appétit, cette angoisse avant chaque sortie, qui lui donnait envie d’annuler une heure avant. Et pourtant, ses doigts la maquillaient, ses mains l’habillaient, ses jambes la conduisaient. »


« Tu n’es pas obligé de parler, tu sais…surtout si tu as des choses à dire. Tu remarqueras, plus tard, que ceux qui parlent le plus sont ceux qui en disent le moins. »


« L’écrivain, c’est celui qui fait de sa vie le réceptacle de secrets, des sentiments profonds. Il se métamorphose sans cesse, voyage de corps en corps, d’âme en âme, dans une quête métaphysique effrénée. Il s’invente pour comprendre l’autre, conscient que cet autre ne montre toujours qu’une partie de son être ; seule la face cachée de lune l’intéresse. »


« Avec le temps, on ne sait plus faire semblant. Croire qu’on apprend avec l’expérience est une vue de l’esprit : on apprend surtout à désapprendre, on se débarrasse, on se dépouille. »


« Le seul trait d’union entre les hommes c’est la culture, cette culture qu’on dit élitiste mais qui est universelle car elle a traversé les siècles. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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