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"Toutes les histoires d'amour ont été racontées, sauf une" de Tonino Benacquista



À la suite d’une opération des dents qui tournent mal, Léo, jeune photographe talentueux se retrouve défiguré et perd tout : sa copine, son regard et ainsi son métier de photographe. Il perd aussi progressivement le goût de la vie et s’enfonce peu à peu dans le monde des séries jusqu’à disparaître complètement. Son entourage s’inquiète de sa disparition et notamment son meilleur ami, le narrateur de ce roman.


Léo est parti dans un autre monde. Il vit par procuration à travers les séries télévisées. Ces nouveaux compagnons sont des personnages de fictions. Léo trouve dans les épisodes et leurs intrigues, un refuge et également des réponses à ses questions. Et c’est à travers les séries qu’il va sortir de sa noirceur et qu’il va retrouver la force de vivre à nouveau.


Ce roman alterne les chapitres où le narrateur, le meilleur ami de Léo, nous décrit le Léo d’avant l’accident, sa dépression, leur amitié et ses inquiétudes suite à sa disparition ; à des chapitres où les séries télévisées que regardent Léo, nous sont racontées. La vie réelle s’alterne avec la fiction.


Les chapitres sur les séries, nous plongent avec Léo dans l’intrigue. On les visionne assis à côté de lui, sur le canapé et on a à notre tour hâte de découvrir les prochains épisodes.


Ce livre fait écho à notre monde actuel où les séries prennent de plus en plus de place, où il en sort des nouvelles chaque semaine sur les chaînes et les plateformes et où comme Léo, si on voulait toutes les visionner, on passerait nos journées et nos nuits devant. Ce roman nous montre l’importance que la fiction peut prendre sur le réel.


Alors pour lâcher le temps d’un livre les écrans, je vous invite à plonger dans ce roman et à regarder plusieurs séries en même temps sans faire une nuit blanche (ou presque !) et à se laisser porter aussi bien par l’histoire de Léo que par celle des personnages de fiction sans allumer la télévision.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Il la chasse de l’écran mais tout le peuple hologramme se tient prêt à la remplacer, une armée de personnages éthérés et vains, prêts à fourguer leurs sentiments virtuels, leurs émotions immatérielles, leurs désirs désincarnés. Léo voudrait tous les exclure à la fois mais, après les avoir tant invités, ils sont maintenant chez eux. Et il est, lui, l’otage de la chambre obscure. »


« Tous enracinés, et à jamais, dans sa mémoire. La plus précieuses, la plus puissante, la plus intime des chambres obscures. »


« -Pourquoi n’écrivez-vous pas un roman d’amour ?

(…)

-J’y ai déjà songé mais à quoi bon ? Toutes les histoires d’amour ont été racontées, non ?

-Toutes sauf une. Celle que personne ne pourra écrire à votre place. »


« Harold, pense à ceux qui n’ont que ça, les histoires. Ceux qui sont exclus de la chose intellectuelle, démunis devant le discours. Ceux que la fiction aide à discerner les mensonges de leur époque. Elle leur rappelle leurs désirs premiers. Elle met à leur portée des choix qu’ils n’avaient pas examinés. Elle est la revanche des humbles. Comme la musique, elle est un langage universel, elle vise au cœur, elle a le pouvoir d’émanciper et de consoler. Elle sait réenchanter quand guette la résignation. Elle est le laboratoire de nos civilisations et le dernier espace de résignation, tant à l’autorité qu’à la morale. Ton devoir de conteur t’impose de dire tout ce que tait la politique, tout ce que le savant ne peut encore anticiper, tout ce que le penseur n’ose pas concevoir. »


« Envoie le pragmatisme et le sens commun se faire foutre ; c’est parce que les contes de fées n’existent pas qu’on en a tous besoin. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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