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"Trouver refuge" de Christophe Ono-Dit-Biot aux éditions Gallimard



En 2027, les citoyens français ont fait le choix par les urnes d’un régime autoritaire. Ils ont mis à la tête du pays, un homme tyrannique, se faisant appeler « Papa ». Comme ses voisins européens, la France se replie sur elle-même. Ce n’est plus le culte de la liberté mais le culte de la force. Les opposants à ce régime sont intimidés puis éliminés sans aucune opposition. Chaque citoyen est traqué grâce à son téléphone sans révolte sur ce contrôle quotidien. Plus de culture. Plus de liberté d’expression. Tout est contrôlé. Tout est censuré. C’est la haine des intellectuels et des philosophes. On revendique le made in France alors plus de google mais un moteur de recherche français «Foogle».


Que des hommes blancs, plutôt jeunes, biens mis et sans plis dans ce gouvernement et quelques femmes revendiquant leur place dans le foyer. Car oui, ce nouveau gouvernement a trouvé la solution pour lutter contre la charge mentale des femmes : rester à la maison et s’occuper des enfants. Surtout, que l’avortement est désormais interdit.


Sacha, philosophe et sa compagne, Mina, professeur d’Université, s’opposent dans leur foyer à ce nouveau régime et continuent à transmettre à leur fille de 7 ans, Irène, leur passion des livres, de l’art, de la culture et de l’importance de s’ouvrir aux autres et au monde qui nous entoure.


Lors d’une émission, Sacha ose exprimer à haute voix son animosité pour ce gouvernement. Cette phrase échappée de ses lèvres contre le chef de l’Etat va entraîner des conséquences sur leur vie. Ce sont d’abord des parents qui interdisent à leurs enfants de jouer avec Irène, puis des intimidations et des menaces de plus en plus importantes.


Un soir, c’est la menace de trop. Le couple décide de fuir et de se mettre à l’abri sur le mont Athos, un sanctuaire bordé par la Méditerranée et composé de plusieurs monastères. Chacun peut y trouver refuge sauf les femmes qui y sont interdites.


Tandis que Sacha et Irène, déguisée en garçon, s’y réfugient, Mina décide de sauver sa famille et de lutter contre ce « Papa », détenant des informations pouvant le compromettre…


Ce roman est un hymne aux libertés, à la culture et à l’ouverture sur le monde. Il est également proche de l’actualité et fait réfléchir sur les droits acquis pouvant disparaître selon des hommes et femmes politiques.


En plus de ce parallèle à l’actualité. Il y a aussi un parallèle entre ce « Papa », despote et arrogant et ce très beau papa porté par le personnage de Sacha. Ce papa qui transmet, protège, fou d’amour pour sa fille. Un papa si fier de sa fille déjà si forte et intelligente. Un sacré caractère et une intelligence vive. Un magnifique récit sur la transmission d’un père à sa fille.


L’histoire est lumineuse et ressemble à certains moments à un conte philosophique. Un très beau voyage sur le Mont Athos. Le combat de ce couple pour préserver leurs valeurs, les libertés actées et leur passion pour les arts et les livres, est bouleversant.


L’importance des livres et de la culture pour s’ouvrir au monde, réfléchir, penser et savoir s’opposer.


La plume bouleversante et sincère traduit le talent de conteur de l’auteur.


Trouver refuge au sein de ces monastères, dans les livres, auprès de ceux qu’on aime. Trouver refuge pour protéger nos libertés.


Un coup de cœur de cette rentrée littéraire !


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Lire, c’est faire la guerre et l’amour même quand tu n’as pas l’âge, éprouver le deuil quand tout le monde est vivant et la joie même quand ton cœur est sec, t’évader d’un bagne pour te venger, te percer les yeux pour accéder à une autre forme de vue, chasser une baleine parce que le renoncement te tuerait, danser sur des volcans… »


« Tu sais que tu es dans le vrai, que ce qu’il faut lui enseigner, c’est la beauté, la lumière, la grâce, l’ouverture au monde, parce que ça rend plus fort, tout simplement. Plus fort, car plus heureux. Aie confiance, bordel. Transmets comme on t’a transmis, c’est le sens de la vie. »


« Il lui parle d’elle, il lui raconte ce qu’ils vivent maintenant, ce voyage chez les anges noirs, et pourquoi, du plus imposant des monastères jusqu’au plus petit brin d’herbe, elle est sous le regard de la reine de ce jardin. Cette reine la protégera. Il lui dit combien il est heureux, lui, son père, d’accompagner ce voyage avec elle. »


« On aime et on a peur pour ceux qu’on aime, c’est comme ça, depuis les origines, c’est ce qui fait le prix de la vie. »

Et vous, quel passage vous a parlé ?

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