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« JE » de Lilia Hassaine aux Editions Gallimard

quandleslivresnousparlent
il y a 16 heures
2 min de lecture

A la lecture de Jane Eyre à l’adolescence, ma lecture s’est concentrée sur le personnage de Jane et à éclipser, celui de la femme vivant dans le grenier, la première femme de Rochester. J’avais été captivée par Jane et sa douceur. Bertha m’avait paru déséquilibrée. Rochester, sous son air sombre, cachait un côté séducteur.


Mais que sait-on des femmes qui vivent dans les greniers ? Que sait-on de celles qui hurlent dans le vide, qui tentent de briser le silence, qui font de grands gestes invisibles ? Que sait-on des femmes qu’on dit atteintes de folie ?


Dans son nouveau roman, Lilia Hassaine s’inspire de la première femme de Rochester pour écrire son histoire. Elle donne vie à Bertha. Elle lui redonne un lieu, une histoire, autre que la femme enfermée dans un grenier, différent de la femme démente.


Bertha, née Antoinette sur l’Ile de la Jamaïque au début du 19ème siècle, est une jeune femme de bonne famille. Sensible, touchée par la beauté des paysages qui l’entourent et un brin romantique. Elle tombe sous le charme d’Edward Rochester, un Anglais un brin hautain, séducteur et qui la fascine. Le mariage est vite conclu entre les deux familles.


De la Jamaïque, Antoinette part pour les paysages du Yorkshire. Des déclarations enflammées et des premiers baisers passionnés, elle subit les cris, le mépris, la violence d’un mari. Dans cette maison froide, les murs ont des oreilles et chaque fait lui est reproché. Chaque parole se retourne contre elle. Elle devient vite seule.



Avec une écriture d’une très grande maîtrise, oscillant avec les codes du thriller et des romans du 19ème siècle, Lilia Hassaine dessine les contours d’une emprise et narre les violences subies par une femme.


Malgré son contexte historique, ce roman est contemporain et parle des emprises et des violences de notre société.


Un roman percutant et nécessaire.


Des mots puissants et sincères.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« J’écoutais ma propre voix, guettant une chute plus grave. Et pourtant je continuais, fascinée, incapable de résister à ces pages qui me transformaient déjà d’une autre manière. Les mots affûtaient ma langue ; je devenais vive, impertinente. »


« Pourquoi le langage amoureux est-il si plein de mensonges, d’histoires qu’on se raconte et qu’on raconte aux autres ? »


« En quittant cette terre, je le sentais en moi, j’abandonnais plus que des pierres et des arbres : je quittais la beauté, ce mot dont la définition m’échappait. »


« Il avait cet air un peu perdu, un air que j’avais toujours aimé chez les hommes, l’air de ne jamais être à sa place, de ne jamais être nulle part en réalité. Dans une foule, on le remarquait immédiatement. Il était celui qui regardait non pas le magicien, mais l’enfant qui regardait le magicien ; celui qui n’avait pas vu ce que tout le monde avait vu, mais qui avait remarqué un détail sur le revers d’un veston. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

 
 
 

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