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"Les enfants sont rois", de Delphine de Vigan



Dans son dernier roman, Delphine de Vigan nous plonge dans le monde des réseaux sociaux.


Le livre s’ouvre sur la finale de la téléréalité « Loft story » en 2001. Mélanie et Clara, deux adolescentes, ne se connaissant pas et vivant à des kilomètres l’une de l’autre, regardent cette finale, la première en famille, la seconde en cachette, ses parents s’opposant à cette émission. Cette finale aura un avant et un après, notamment sur la vie de Mélanie. La jeune femme ne rêve en effet que de devenir célèbre et d’être aussi admirée qu’elle idolâtrait les lofteurs à l’époque. Elle tente la téléréalité mais est évincée de l’émission alors c’est grâce aux réseaux sociaux qu’elle va se faire connaître et commencer à être suivie par des millions de personnes.


Mélanie a créé sa chaîne Youtube dans laquelle, elle met en scène ses enfants dans leur quotidien : réveil, déballage de cadeaux, sortie dans les parcs d’attraction. Ils sont suivis par des millions de personnes et gagnent beaucoup d’argent grâce au partenariat avec des marques. Elle a ainsi atteint la notoriété qu’elle voulait. Elle se sent reconnue et aimée à travers cette famille virtuelle. Son besoin d’attention est comblé par les écrans. Mais son monde s’effondre le jour où sa fille, Kimmy, 6 ans, est enlevée.


A partir de cette enquête, Mélanie et Clara vont se rencontrer. Elles sont à l’opposé l’une de l’autre, tandis que Mélanie est dans le paraître et cherche la lumière, Clara préfère l’ombre et la sécurité de ses dossiers. Clara qui est procédurière à la Brigade criminelle de Paris, participe à l’enquête et afin de retrouver Kimmy va explorer la chaîne Youtube et le compte Instagram de Mélanie. Elle va visionner des heures de vidéos et découvrir un monde qu’elle ne connaît pas car la clé de la disparition de la fillette se trouve dans ces vidéos. Le monde virtuel va côtoyer le monde réel.


L’histoire s’achève en 2031 et sur les conséquences psychologiques que cette surexposition a sur les enfants de Mélanie, devenus à leur tour des jeunes adultes.


L’intrigue se présente comme un polar avec des chapitres alternant sur l’enquête, des extraits de procès-verbaux, des moments de la vie de Clara et Mélanie ou encore des passages des vidéos tournés par Mélanie pour sa chaîne Youtube ou Instagram.


Delphine de Vigan aborde les thèmes de la surexposition, de la surconsommation, de se besoin d’être vu et d’être aussi voyeur. Les scénarios des vidéos tournées avec les enfants les montrent toujours en train de consommer : ils déballent une multitude de cadeaux, ils achètent des objets commençant par une lettre sans se soucier du besoin réel, ils commandent ce qu’ils veulent dans une chaîne de fast-food.


Ce roman explore les dérives de l’utilisation des réseaux sociaux où tout bonheur doit être vu et vendu. Ces réseaux qui permettent une célébrité rapide sans avoir besoin de créer ou d’inventer quelque chose. Delphine de Vigan nous présente des adultes trop préoccupés par leur propre image et leur besoin de reconnaissance, pour vraiment s’inquiéter du besoin réel de leurs enfants.


Différentes visions s’opposent dans ce roman : celle de Mélanie Claux et des autres parents youtubeurs qui sont persuadés que leurs enfants sont heureux de faire des vidéos, qui sont dans le déni et qui exposent leurs enfants en pensant faire le mieux pour eux, de les amuser, de leur offrir une super vie et celle des opposants à ces chaînes qui dénoncent le travail des enfants, la violence des vidéos et des commentaires et la non-intimité qu’ont les enfants en étant filmé tout le temps.


Ce roman fait réfléchir car aujourd’hui, nous sommes tous connectés, nous avons quasiment tous des comptes sur les réseaux sociaux, nous publions et honnêtement, nous aurions du mal à nous passer de téléphone ne serait-ce qu’une journée.


Je me suis laissé prendre par l’enquête et j’ai aimé ce roman. Par son histoire et le thème abordé, il invite plus à la réflexion qu’à la détente.


Ce roman fait réfléchir sur l’utilisation des réseaux et sur la place qu’ils ont dans nos vies.


Les passages du livre qui m’ont touché :


"La consommation est au cœur de la plupart des scénarios. Acheter, déballer, manger sont les principales activités des enfants...…Toutes ces vidéos obéissent au même ressort dramaturgique : la satisfaction immédiate du désir. Kimmy et Sammy vivent le rêve de tous les enfants : acheter tout, tout de suite."


« Nul besoin de fabriquer, de créer, d’inventer pour avoir droit à son « quart d’heure de célébrité ». Il suffisait de se montrer et de rester dans le cadre ou face à l’objectif. »


« Vivre pour être vu ou vivre par procuration. »


« Elle lui parlait d’un monde abstrait, hors de portée. »


« Il fallait nommer les images, les décrire, les ordonner.

Il fallait les extraire de cet espace infini, sans contours, où elles étaient à la fois dissimulées et surexposées. De cet espace où elles généraient des millions de vues, à l’insu du reste du monde. De cet espace où elles échappaient paradoxalement à toute forme de contrôle.

Il fallait les déplacer dans le monde réel.

Pour cela, les mots étaient sa seule arme. »


« Il faut le voir pour le croire. »


« Aujourd’hui, les cœurs, les likes, les applaudissements virtuels étaient devenus son moteur, sa raison de vivre : une sorte de retour sur investissement émotionnel et affectif dont elle ne pouvait plus se passer. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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