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"Un film disparaît" d’Hippolyte Girardot aux éditions Seuil



Il y a ces boîtes à souvenirs. Ces boîtes que l’on conserve, souvent cachées du regard de ceux qui ont rejoint nos vies en cours de chemin. Ces boîtes contiennent des bribes de nos vies : du souvenir d’enfance à la première lettre d’amour, en passant par les photos jaunies par les années ou encore des objets sans réelles valeurs que sentimentales.


Et puis il y a des moments qui nous invitent à replonger dans ces boîtes. Ces moments ou ce hasard de la vie, ce sont des rencontres fortuites avec des amis du passé, des ménages de printemps ou encore des déménagements.


Alors, on ouvre ces boîtes et on fait un bond dans notre passé.


En vidant sa cave, l’auteur redécouvre les siennes de boîtes à souvenirs. Chaque carton posé dans cet espace restreint possède des dessins, des photos, des carnets et même quelques pellicules.


A partir de chaque objet remis à la lumière du jour, l’auteur se souvient et nous conte…


D’une écriture poétique, virevoltante et émouvante, il nous conte ses débuts avec le cinéma, pas ses premiers pas de spectateur, ni ceux d’acteurs mais ceux de réalisateur. A 20 ans, tandis qu’il est étudiant aux beaux-arts, on lui confie l’animation d’un atelier Super 8 au centre culturel du Plessis-Robinson. En cette fin des années 80, sur sa MZ, il parcourt les quinze kilomètres qui le séparent de cette ville de la banlieue parisienne.


Un groupe d’adolescents l’attend. Ils ont peu d’écart et pourtant un monde les sépare. Ils n’ont pas grandi avec la même insouciance. Par passion et avec la naïveté de l’âge, le jeune homme qu’est alors l’auteur se lance dans la réalisation d’un court métrage.


Les pages s’entremêlent de souvenirs de ces quatre années. Il y a les fêtes et les marches dans les rues parisiennes des années 80, les voyages, les cours de théâtre, les premiers pas de l’auteur dans le monde du cinéma et surtout l’amitié entre cette bande de garçons.


Du court métrage réalisé et projeté, ils s’embarquent collectivement vers un moyen-métrage, racontant la vie de la cité. Les anecdotes sont échangées pendant l’écriture du scénario et traduites en image. Chacun a son rôle, ses dialogues. La ville est le décor principal. L’affiche est prête. Le tournage démarre, filmé par l’auteur et en super 8. Mais pendant le montage, le film disparaît …


Et c’est cette amitié qui renaît de ces boîtes à souvenirs, le film qui reprend vie dans les pages noircies. C’est surtout la naissance d’une passion pour l’auteur et le commencement d’un chemin vers le cinéma.


Les mots d’amitié se mêlent à ceux du féru du 7ème art. Les salles obscures, vecteurs d’émotions diverses, de nouveaux rêves et surtout de lien social. Quoi de plus passionnant que de plonger dans une salle de cinéma, de se perdre dans l’histoire, de vibrer avec les personnages puis de ressortir un peu hagard et de se remettre doucement dans le réel en débattant avec ses voisins de fauteuil connus ou inconnus, sur le film vu.


Ouvrez ces magnifiques pages, plongez dans ces souvenirs, visionnez un film-livre.


Car le film a peut-être disparu mais pas les souvenirs.


Les passages du livre qui m’ont touché :


« Un dessin est aussi identifiable que le pas ou la voix de son auteur : c’est une signature qu’il ne peut falsifier. »


« Il y a quinze kilomètres entre leur ville et la mienne, seulement quatre, cinq ans d’écart entre nous, nos vies sont à des années-lumière les unes des autres, la probabilité que nous nous croisons est plus faible et pourtant, nos vies vont être liées pendant des années. »


« Il existe des films qui, pour quelques raisons que ce soit, vous marquent pour toujours, parfois malgré vous. Le cinéma a cette puissance, cette force de frappe qui pulvérise l’imaginaire, hante les rêves (…) »


« Le cinéma a ce pouvoir d’exciter l’imagination, de déformer le réel malgré son regard d’entomologiste. »


« C’est définitif, je suis un banlieusard, comme on dit, même bourgeois, même versaillais. Ce suffixe « ard » légèrement péjoratif signe cette appellation inventée par ceux qui ne le sont probablement pas. Si on m’avait demandé, j’aurais opté pour banlieusain. Après tout, est-ce qu’on dit parisard ? »


Et vous, quel passage vous a parlé ?

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