« Je suis Romane Monnier » de Delphine de Vigan aux éditions Gallimard
- quandleslivresnousparlent
- il y a 3 jours
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Quels secrets sont enfouis dans les profondeurs de nos téléphones ? Que révèlent de nous, nos messages, nos posts, nos notes, nos vocaux ? Pourrions-nous nous passer de nos téléphones ? Pourrions-nous arrêter de scroller, de le regarder de façon constante face aux notifications reçues chaque jour ?
Un matin, après une soirée légèrement arrosée avec son meilleur ami, Thomas se retrouve avec le téléphone d’une inconnue. Romane Monnier. La trentenaire aurait choisi de disparaître librement.
Passant de l’inquiétude à la curiosité, Thomas se penche sur le téléphone de Romane. Il lit ses messages, regarde ses photos, retrace sa vie à partir de ses applications. Au fil de ses découvertes, il découvre qui est la jeune trentenaire, ses doutes, ses questions, ses souvenirs, ses amours et ses amitiés.
Ces découvertes l’amènent à se confier sur sa propre histoire, celle d’un jeune père célibataire, ses premiers pas avec sa fille Léo. Les moments de joie et de doute. En lisant Romane, il comprend mieux les préoccupations de sa fille.
Dans son entourage, on s’inquiète de cette obsession pour le téléphone d’une inconnue, on en rigole, on attend avec impatience le débriefing des nouvelles informations. Cela pourrait paraître complètement dérangé de fouiller dans la vie d’une personne, mais pour Thomas, c’est un moyen de se découvrir soi-même, d’avancer et de briser sa propre solitude.
Un roman passionnant qui mêle récit, notes téléphoniques, messages, courriels.
Deux voix solitaires se répondent et s’entremêlent.
C’est un livre qui fait réfléchir sur le lien à nos téléphones, sur cet objet devenu une part de nous, sur ces heures passées devant l’écran, sur ces milliers de messages envoyés par écran interposé. Cet objet devenu vecteur de liens sociaux.
Dans le même temps, le personnage de Thomas est touchant. Il dégage une fragilité, une remise en cause constante sur son rôle de père, sur sa peur de « mal-faire » avec sa fille, sur la transmission aux enfants : les passions, l’héritage familial et parfois les maux ancrés depuis plusieurs générations.
Un roman à la fois touchant et apportant beaucoup de réflexion.
Les passages du livre qui m’ont touché :
« Et puis ce temps vide, ce temps d’avant le smartphone, ce temps qu’il pouvait passer assis sur un canapé ou à une terrasse de café, le nez en l’air ou à regarder les gens passer, a été aboli. Ce temps non compté, non minuté, sans enjeu, sans crainte, sans empreinte, a disparu. Englouti par un objet. »
« Et bien sûr, elle avait hérité de tout cela. De tout ce qui circule entre les lignes, entre les peaux, entre les mots. Ce qui ne s’efface pas. Elle l’avait métabolisé à sa manière. C’était une force et, sans doute, une fragilité. »
« (…) il pense à cette notion de propriété ou de possession que suggère la langue, avoir un enfant, comme si ceux-ci faisaient partie de notre patrimoine. Il aimerait trouver un verbe ou un pronom qui signifierait tout ce que les enfants, nos enfants, captent du dehors, ces influences, ces désirs, ces mots venus d’autre part, qui modifient, parfois profondément, leur personnalité et leur trajectoire. Oui, il faudrait trouver un mot qui raconte ce qui leur appartient en propre, cette part d’eux-mêmes irréductible et inaliénable avec laquelle ils nous parviennent, et ce qu’ils vont chercher ailleurs, fort heureusement. »
Et vous, quel passage vous a parlé ?



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