« Ecume d’hiver » d’Anne-Solange Muis aux éditions Phébus
- quandleslivresnousparlent
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De la fenêtre de son appartement, Yoann observe le ciel orageux. Un coup de téléphone l’a replongé dans son enfance. Il a quitté son village de Miquelon quand il était enfant, et quinze ans plus tard, le voilà qui doit y retourner pour enterrer son père, Jean.
Jean vivait avec son frère Michel, de la pêche traditionnelle à la morue. Une tempête de neige l’a surpris et il n’a pu revenir.
A Miquelon, Yoann est ainsi accueilli par son oncle, un homme taiseux et terrassé par le chagrin. Les deux hommes, constitués de silence vont apprendre à s’apprivoiser, à se (re)découvrir et à partager les souvenirs de l’homme aimé.
Michel va initier son neveu aux rites de la pêche, à l’écoute des vagues et de la nature. Il va lui transmettre les gestes des marins en héritage.
En revenant sur l’île de son enfance, Yoann va retrouver ses souvenirs, renouer avec les balades partagées avec son père, se remémorer les couleurs et les odeurs qu’il croyait oubliées.
Les deux hommes vont s’apprivoiser par les gestes guidés, par les paysages qui les entourent et par un livre.
Les mots se posent comme des touches de peinture. Au fil de notre lecture, les paysages apparaissent. Les couleurs se dessinent à travers les pages. Et dans le même temps, les mots sont aussi sensoriels. Le froid, les odeurs, les rayons du soleil. Tout se ressent grâce aux mots.
C’est un livre de transmission. La transmission des gestes, d’une terre et des souvenirs familiaux.
C’est un livre de (re)découverte. La découverte de soi et de ses origines. La redécouverte d’une partie de sa famille et du village de l’enfance.
C’est un livre de deuil. Le deuil d’un père, d’un frère et d’une partie de l’enfance.
C’est surtout un livre poétique, sensible et touchant. La beauté de la nature se mêle à la beauté de ces deux hommes. L’écume des vagues s’entremêle à leurs larmes. Les rayons du soleil redonnent chaleur et espoir pour leur futur commun.
La beauté et la rudesse de la nature nous emporte. Les silences et les mots nous guident.
Un magnifique roman.
Les passages du livre qui m’ont touché :
« Cela a toujours été ainsi, le silence plutôt que les mots. »
« Mes pas suivent les empreintes laissées par ses grandes bottes, de la même façon qu’enfant j’empruntais les traces de mon père. La brume poudre mon visage de fines gouttes d’eau et ma vue se perd dans une nébuleuse aquatique. Je m’enfonce dans l’île et dans le silence du nuage. Je disparais dans un coton de pluie. »
« Je vois le doris qui pointe vers Le Cap, rouler dans les vagues chargées d’écume, s’agiter dans la houle. Les fous de Bassan plonger et se fondre dans la neige marine. Les rorquals devenir des écueils éphémères. Au loin, là où l’horizon s’efface, l’aurore se pare d’une couleur nouvelle. Le vent s’engouffre dans l’appartement, l’air frais file sur ma peau, soulage un visage baigné de sueur. Un sourire. Une sensation douce, légère traverse mon corps. Pareille à une évidence. Il est temps. C’est le moment. Le moment de rentrer chez moi, de retrouver le banc de galets. »
Et vous, quel passage vous a parlé ?



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