« Ciao les nazes » de Séverine Bavon aux éditions Robert Laffont
- quandleslivresnousparlent
- il y a 18 heures
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Sans entrer dans les détails, ces derniers mois professionnels n’ont pas été un long fleuve tranquille. Je me suis demandé si je n’étais plus adaptée au monde du travail ou si c’était le monde du travail qui prenait un mauvais virage. Etais-je devenue aussi fragile que je l’entendais du matin au soir dans les couloirs à la moquette grise, ou est-ce que ces couloirs n’abritaient pas une violence que ceux de là-haut tentaient de prendre à la légère ? C’est plus facile d’avoir des salariés fragiles que des managers toxiques (il y a moins de preuves à apporter, elle pleure = elle est hystérique= elle est fragile, CQFD).
Et puis, je suis tombée sur un post avec les premiers paragraphes d’une lettre de démission improvisée et j’ai ri. J’aurais aimé avoir le courage d’envoyer la même ! Et quelques semaines plus tard, avant de passer un entretien, une balade dans une librairie, le livre était sur un présentoir avec un carton « A lire absolument ».
Il s’est retrouvé dans mon sac. Il a été dévoré en un trajet de train.
Cette lettre de démission fictive m’a fait du bien.
En dix-neuf chapitres, l’auteure décortique ce lieu où l’on passe la majorité de nos journées. Tout ce petit monde est décrit : ces nouveaux anglicismes qui rendent le travail cool, les séances de yoga qui rendent le travail encore plus cool, les rendus dans un temps restreint, le « je suis sous l’eau » devenu à la mode, le/la collègue hypocrite, le/la manager ayant évolué sans raison, le/la manager toxique, le/la DRH travaillant les yeux fermés pour ne rien voir, la souffrance au travail devenu normal, la peur de dire stop face aux conséquences financières, la peur de ne pas rentrer dans le moule professionnel que la société attend de nous. Ce livre est riche, foisonnant de thèmes, de questionnements que l’on a eu au moins une fois dans vie (ou alors vous avez le job parfait, gardez-le !)
Ces pages sont pleines d’humour. On rit beaucoup ! Et en même temps, il fait réfléchir, il met parfois en colère. En tout cas, il donne envie de se bouger et de changer les choses pour soi et pour les générations futures.
C’est un récit instructif, écrit avec des faits et des chiffres concrets. Toute pensée est justifiée et analysée. C’est une lettre de démission à la fois drôle et réfléchie.
A lire absolument ! (Même si on a un job parfait)
Les passages du livre qui m’ont touché :
« Mais plutôt que de s’attaquer aux vraies causes de la violence au travail – objectifs contradictoires et irréalisables, management par la terreur, interdiction de l’échec, charges de travail délirantes -, on nous apprend à formuler joliment notre souffrance. (…) On dit : « J’aimerais mieux comprendre la logique de cette décision » au lieu de : « Cette idée est complètement débile et démontre votre manque total de compréhension de la réalité du terrain. » »
« En prime, le week-end (comme la semaine) (comme chaque moment qu’on passe éveillé, en réalité) est lui-même teinté d’une injonction de performance : il faut réussir son weekend. On a beau n’avoir que trente-deux heures devant nous, il faut cumuler à la fois le bon niveau de nouvelles expériences ET le bon niveau de repos pour : 1) éviter un horrible sentiment de gâchis le dimanche soir ; et 2) avoir quelque chose de cool à répondre quand on nous demandera : « T’as passé un bon week-end ? » le lundi matin. »
« Je dis que je suis « un peu sous l’eau » comme si c’était un badge d’honneur. Je dis « C’est sport » et je parle de « période intense » alors que toutes les périodes sont intenses. »
« Moi, pour des fragiles, je nous trouve vachement résilients. On se débrouille, on se remet en question, on s’adapte. On passe freelance, on revient au salariat, on monte des boîtes, on essaie de concilier payer le loyer et faire quelque chose d’un peu utile, on apprend à poser nos limites même si ça nous paraît sacrilège. On a lâché la quête du titre, du statut et du cochage des cases parce qu’on sait maintenant que ce n’est pas si important. On tente de reprendre le contrôle du travail, et donc de notre temps, et donc de notre vie. (…) Plutôt que des enfants gâtés qui persistent à ne pas vouloir comprendre que travailler, c’est avant tout endurer, parce que la vie, c’est pas une gaufrette, est-ce qu’on ne serait pas la première génération à avoir compris que le courage, c’est de poser des limites et d’oser formuler et demander ce qu’on mérite ? Est-ce qu’on est des fragiles ou est-ce qu’on a mis le doigt sur un truc ? »
« Rendre la souffrance méritoire, c’est juste un moyen de nous faire accepter l’inacceptable en lui donnant du sens. Alors déclarons forfait au concours de qui est le plus sous l’eau, qui fait le plus de charrettes, qui a l’agenda le plus chargé. Et apprenons à extérioriser notre souffrance et à la considérer comme grave, car elle l’est. Autorisons-nous à aller vers ce qui semble facile ou agréable : ça n’atténue en rien la valeur de ce que l’on fait. »
Et vous, quel passage vous a parlé ?



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