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Black Manoo, de Gauz



Ce roman est une chronique de la vie de Black Manoo, junkie abidjanais, qui arrive à Paris dans les années 90, sans papier mais dans un costume rouge et un visa d’affaire falsifié. Une succession de courts chapitres nous raconte la vie de Black Manoo : son enfance en Afrique, ses années de galère dans la drogue et son arrivée dans le Belleville des années 90 entre drogue, musique, amitié et rencontres amoureuses. A Paris, Black Manoo sera à la fois vendeur de drogue, chef d’entreprise à la tête d’un restaurant puis paysagiste. Autour de lui se succèdent des personnages attachants comme son meilleur ami, sa compagne ou encore le propriétaire de son restaurant. Son meilleur ami Lass Kader lui fait découvrir la vie parisienne, la débrouille quand on est un immigré et il va aussi l’aider à sortir de l’enfer de la drogue dans lequel il est tombé en Afrique.


Black Manoo, est un personnage puissant et d’une grande beauté, qui continue à rêver, à croire en la vie. Il ne baisse jamais les bras même à la fin de sa vie. Il reste debout malgré les moments de galère et les passages à vide avec la drogue, la prison et les squats.


Les dernières pages du livre avec les lettres d’adieu de Black Manoo à ses amis sont poignantes. On y retrouve la sincérité des amitiés qui ont compté et qui nous ont construites et même parfois portées quand la vie n’était pas simple.


L’écriture est une invitation à la musique et à la danse. A travers le rythme et la musicalité des mots, on ressent l’énergie de l’auteur. J’ai beaucoup aimé sa plume : une écriture très poétique avec beaucoup de musicalité, ça groove ! Cela donne même envie de danser avec Black Manoo et les convives de son restaurant.


Ce roman est à la fois, drôle, touchant et il fait en même temps réfléchir sur la condition d’immigré en France. Il invite à l’ouverture, à l’hospitalité et à la fraternité. C’est un très beau récit sur l’amitié et les rencontres du hasard.


L’auteur partage avec nous une belle description de l’harmonie cosmopolite, urbaine et universelle du Belleville des années 90. Il raconte les invisibles avec un ton plein d’humour et une énergie traduisant la joie de vivre.


Ce roman est une très jolie découverte d’un auteur que je ne connaissais pas et dont je vais aller vite découvrir ses autres livres.


Les passages du livre qui m’ont touché :


“Comme dans Pretty Woman, tu as monté l’escalier pour me délivrer. Tu es mon Pretty Man. »


« Faut pas trop rester entre vous, sinon vous devenez cons… Faut pas trop les laisser entre eux, sinon ils deviennent racistes…Un seul gars qui bouge change le monde. Depuis que les humains marchent, c’est comme ça. C’est pas une phrase à la con de socialiste. Je suis un bougnat, je suis né dans les volcans. »


« Tu vois Black Manouche, ce qui se passe dans ton bar est à l’image de ce qui se passe dans le pays. Vous êtes onze dans le coin, un bonhomme un peu différent débarque, et ça fait deux groupes : les anciens, le nouveau. »


« Il n’y a pas de mauvaise raison pour aimer. Ce qui compte, c’est aimer. Plus les individus se rencontrent, plus les groupes disparaissent. »


« Lui qui imaginait seulement désherber, planter et arroser, il doit aussi sarcler, binet, échardonner, essarter, ameublir, serfouir, … Chaque verbe désigne un geste précis avec un instrument précis. »


« Les métiers en « er » ou « ière » provoquent un mépris de classe. Voilà pourquoi on s’est muté en paysagiste. Le « iste » demande savoir et inspiration comme dans « artiste » ».


« J’ai compris que ton fameux grand-père qui avait des expressions pour tout, c’était toi. Tu lui prêtais ta parole. Tu savais bien qu’on ne prendrait pas au sérieux un zigue en cuir de vache et pattes d’éléphant. Chaque note que tu as imaginée, chaque pas de danse, comment tu les as exécutés, tout cela c’était pour les autres. Le destin de l’art. « Les rêves de ceux qui rêvent concernent ceux qui ne rêvent pas », aurait dit ton grand-père. »


Et vous, quel passage vous a parlé ?



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