« Premier corps » de Morgane Az aux Editions Plon

Une maison de vacances. Le bleu de la piscine. L’odeur du chlore qui se mêle à celle de l’été.
Une piscine municipale. Les cours du mercredi soir. Et toujours, l’odeur du chlore.
Seize années séparent les deux lieux et pourtant les souvenirs sont inscrits dans le corps d’Ysée.
Dans cette maison de vacances, Ysée doit garder ses deux nièces. Quand l’aînée échappe à sa surveillance et se retrouve trop proche de la piscine, Ysée a une minute pour intervenir.
Dans cette minute, défilent les étés de son enfance, les courses avec sa sœur Diane, vers la piscine ; les goûters ; les années qui passent et la complicité qui s’étiole.
Une minute, les souvenirs remontent. L’enfance, d’abord. Diane et Ysée. Les deux sœurs. Le modèle de l’aînée, la parfaite.
Une minute, son adolescence et son désir d’émancipation. Être juste Ysée et non plus la copie conforme de sa sœur. Avoir ses propres passions, son caractère, ses aspirations.
Une minute. Et puis, il y a Martin. Le premier corps. Le premier amour. Le corps dont l’empreinte est toujours marquée sur le sien. Le corps dont elle ne peut se détacher. Le corps qui ne lui appartient plus.
Une minute, et il y a les années d’après. Les années de l’éloignement, de la fuite. La vie d’Ysée. La réussite de Diane. Leur confrontation.
Une minute, et tout peut basculer.
Avec délicatesse et finesse, les mots dessinent les contours de cet été et de tous les précédents. Suspendu à un fil, les souvenirs apparaissent.
Une écriture poétique et touchante. Tous les sens sont tenus en éveil pendant la lecture. Les odeurs se mêlent à la délicatesse du toucher. Les doigts qui frôlent et les mots qui font sens.
Une très belle lecture.
Les passages du livre qui m’ont touché :
« Les photos de famille sont des tableaux sur lesquels le vernis finit par se craqueler. On y repère des épaules affaissées, un regard qui se plisse, une fuite en avant. Parfois il arrive aussi que les corps, à l’intérieur, ne parlent pas. Trop habitués à faire comme si. »
« (…) et j’ai beaucoup pensé à cette question de langage, à ce qui nous définit dans les langues que l’on choisit, celles qui ne sont pas les nôtres et que l’on décide d’adopter, celle dont on se défait (…) J’ai pensé aux aspérités du silence qui s’était logé entre mes langues et dans ma vie. »
Et vous, quel passage vous a parlé ?



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